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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406897

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406897

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles annule l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. B, ressortissant congolais, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le tribunal estime que cette décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'ancienneté des faits de violence reprochés, de la présence continue en France depuis l'enfance, des attaches familiales (mère, sœur, deux enfants français) et de l'activité professionnelle du requérant. Il enjoint à la préfète de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" sous deux mois, ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. A B, représenté par Me Ben Majed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnait les articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les observations de Me Ben Majed, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République Démocratique du Congo né le 1er mai 1990, entré en France en septembre 1997, a obtenu une carte de séjour temporaire de février 2016 à février 2018 puis une carte de séjour pluriannuelle de mars 2018 à juillet 2022 dont il a sollicité le renouvellement sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 mai 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. En l'espèce, si, ainsi que mentionné dans l'arrêté attaqué, M. B a fait l'objet de nombreux signalements au fichier du traitement des antécédents judiciaires et a été condamné à quatre reprises en 2009, 2012, 2019 et 2022, à des peines d'emprisonnement pour des faits de violences et une tentative d'évasion, les faits de violences les plus récents à l'origine de ces condamnations ont été commis en 2013. En outre, M. B réside en France depuis l'âge de sept ans, où résident également sa mère et l'une de ses sœurs titulaires d'une carte de résident, ainsi que ses deux enfants mineurs de nationalité française nés en 2015 et 2017 à l'entretien et à l'éducation desquels il participe. Il a par ailleurs bénéficié de titres de séjour de manière continue depuis le mois de février 2016 et justifie d'une activité professionnelle en qualité d'autoentrepreneur depuis l'année 2021. Par suite, en dépit des condamnations assez récentes pour des délits routiers prononcées à son encontre en 2019 et 2020, et dans les circonstances très particulières de l'espèce, il est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer ce titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Essonne du 7 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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