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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406926

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406926

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406926
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande de suspension de M. A, qui contestait l’interdiction d’accès au collège Hubert Robert de Méréville prononcée par le principal le 13 juin 2024. Le juge des référés a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, car il ne résultait pas de l’instruction que le handicap du fils de M. A nécessitait un accompagnement parental à l’intérieur de l’établissement. La décision a été prise sur le fondement de l’article R. 421-12 du code de l’éducation, qui permet au chef d’établissement d’interdire l’accès en cas de difficultés graves. La requête a donc été rejetée sans examen des moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2024, M. D A, représenté par Me Delepierre, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle le principal du collège Hubert Robert de Méréville lui a interdit l'accès à l'enceinte de cet établissement scolaire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge du collège Hubert Robert une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision l'empêche de se rendre dans l'établissement scolaire dans lequel son fils est scolarisé alors que ce dernier est en situation de handicap ce qui implique un suivi particulièrement rigoureux et alors que son épouse est également en situation de handicap avec un taux d'incapacité reconnu entre 50 et 80% et qu'elle n'est ainsi pas en mesure d'assurer seule le suivi de leur fils et a fortiori de se rendre régulièrement dans l'établissement ; le maintien de la décision est ainsi de nature à porter atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant alors qu'un changement d'établissement n'est pas envisageable compte tenu de la proximité de la rentrée scolaire ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle a été prise au terme d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre de l'obligation d'information prévue au dernier alinéa de l'article R. 421-12 du code de l'éducation ; elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'il conteste les propos qu'il lui sont imputés lors de l'altercation du 3 juin, qu'il n'a jamais commis d'agression verbale et que la décision prise à un mois de la fin d'année scolaire n'est pas justifiée par une situation d'urgence ; la sanction prononcée, sans limite temporelle, est disproportionnée aux faits qui lui sont reprochés et au regard de la situation de son fils ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 août 2024 sous le numéro 2406925 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence (), le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation des requérants ou aux intérêts qu'ils entendent défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par les requérants, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public qui s'attache à l'exécution de la décision.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-12 du code l'éducation : " En cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement, le chef d'établissement peut prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service public. S'il y a urgence, et notamment en cas de menace ou d'action contre l'ordre dans les enceintes et locaux scolaires de l'établissement, le chef d'établissement, sans préjudice des dispositions générales réglementant l'accès aux établissements, peut : 1° Interdire l'accès de ces enceintes ou locaux à toute personne relevant ou non de l'établissement ; () "

4. Par une décision notifiée à l'intéressé le 13 juin 2024, le principal du collège Hubert Robert de Méréville a, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, interdit à M. A l'accès à l'enceinte de cet établissement dans lequel est scolarisé son fils. Pour justifier de l'urgence à suspendre cette décision, le requérant fait état de l'atteinte portée aux intérêts de son fils dans la mesure où la décision attaquée est de nature à faire obstacle à sa bonne scolarisation alors qu'il nécessite un accompagnement particulier au regard de sa situation de handicap. Toutefois, d'une part, si le jeune C, qui sera scolarisé en classe de 5ème à la prochaine rentrée scolaire, est reconnu en situation de handicap avec un taux d'incapacité supérieur à 80%, il ne résulte pas de l'instruction que la nature de son handicap nécessiterait qu'il soit accompagné par ses parents à l'intérieur de l'établissement scolaire, alors que le requérant évoque un handicap lié des troubles du spectre autistique, du déficit de l'attention, de l'oralité alimentaire et des troubles anxieux et alors que la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que ses parents l'accompagnent au quotidien jusqu'aux abords de l'établissement. D'autre part, si, eu égard à son état de santé, la scolarisation du jeune C nécessite un suivi important et régulier par ses parents, notamment à travers des échanges avec l'équipe pédagogique, la décision attaquée ne fait pas obstacle à de tels échanges notamment de manière dématérialisée via l'application Pronote tandis que M. A n'établit pas qu'il serait le seul parent à pouvoir assurer ce suivi alors qu'il produit notamment un courriel du 1er juillet 2024 rédigé par son épouse tendant à démontrer le contraire. Par ailleurs, s'il est constant que son épouse est également en situation de handicap, il ne résulte pas des pièces versées au dossier que la nature de ce handicap ferait obstacle à ce qu'elle puisse se rendre au sein de l'établissement scolaire sans être accompagnée, en cas de nécessité lié au suivi de la scolarisation de leur fils, notamment pour la réunion de rentrée ESS qui, d'après les écritures mêmes du requérant, sera organisée malgré la décision querellée. Enfin, cette décision prise par le principal de l'établissement est motivée par le comportement verbal de M. A jugé agressif à l'égard d'une enseignante et vise à maintenir le bon ordre dans l'établissement, de sorte qu'il existe un intérêt public à son exécution. Dans ces circonstances, la condition d'urgence qui s'apprécie objectivement et globalement ne peut être regardée comme remplie en l'espèce.

5. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A.

Fait à Versailles, le 12 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. B

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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