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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406931

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406931

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406931
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme B, ressortissante britannique, qui demandait à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière, nécessaire pour obtenir une mesure dans un délai de quarante-huit heures, n'était pas remplie, malgré la suspension de son contrat de travail et la situation de précarité alléguée. En l'absence d'urgence caractérisée, la requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner le fond de l'atteinte aux libertés fondamentales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2024, Mme A B, représentée par Me Erol, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction le temps d'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de document l'autorisant à travailler son contrat de travail a été suspendu par son employeur à compter du 8 août 2024 ; son époux est désormais le seul à pouvoir pourvoir financièrement aux besoins de la famille qui est placée dans une situation de précarité ; elle peut être interpellée à tout moment ;

- l'absence de délivrance d'un document justifiant de la régularité de son séjour porte atteinte à sa liberté d'aller et venir à sa liberté de travail ;

- la mise à disposition d'une attestation de prolongation d'instruction est de plein droit de sorte que l'absence de délivrance est manifestement illégale ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante britannique née le 2 février 1996, est entrée en France le 11 août 2023 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français valable du 8 août 2023 au 7 août 2024. Le 24 août 2023, elle a effectué la validation de son visa et le 24 juin 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français auprès des services de la sous-préfecture de Palaiseau. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction le temps d'instruction de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, un requérant qui fonde son action sur la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code doit justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Pour établir l'existence d'une urgence particulière caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier dans les quarante-huit heures des mesures d'injonction qu'elle demande, Mme B fait valoir que son contrat de travail a été suspendu depuis le 8 août 2024 et son époux est désormais le seul à pouvoir pourvoir financièrement aux besoins de la famille qui est placée dans une situation de précarité. Toutefois, si une telle situation peut caractériser une situation d'urgence pour l'intéressée, elle n'est toutefois pas telle qu'elle impliquerait qu'une mesure soit prise dans un délai de quarante-huit heures. L'intéressée ne produit en effet aucun élément démontrant le risque de perte de son emploi à très brève échéance et les éléments financiers produits ne justifient pas davantage une intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures. En outre la circonstance qu'elle puisse être interpelée à tout moment ne caractérise, en elle-même, une situation d'urgence relevant des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition tenant à l'urgence prévue par ces dispositions ne peut être regardée comme étant remplie. La présente ordonnance ne fait néanmoins pas obstacle à ce que la requérante, si elle s'y croit fondée, présente au juge des référés une demande d'injonction de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler durant le temps d'instruction de sa demande par le biais du référé mesure utile prévu par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Versailles, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Féral

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

n° 2406931

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