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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406950

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406950

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. et Mme C B, représentés par Me Garrigues, demandent au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le maire du Val Saint-Germain a accordé à Mme E D un permis de construire une maison individuelle cadastrée A 1072 et de la décision du 11 juin 2024 par laquelle le maire a rejeté leur recours gracieux daté du 29 avril 2024 et dirigé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Val-Saint-Germain la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils présentent un intérêt à agir contre l'arrêté en litige ;

- la condition d'urgence est en principe satisfaite en matière de permis de construire et la construction n'est ni hors d'air ni hors d'eau ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige :

- l'arrêté ne comporte ni les nom et prénom, ni la qualité de l'auteur de l'acte, dont la signature est illisible en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ni la régularité ni l'opposabilité de la délégation de signature invoquée par la commune ne sont établies ;

- en méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, la notice ne précise pas que le terrain se trouve au sein du site inscrit de la Vallée de la Remarde ainsi que la présence d'une nappe phréatique et le risque d'inondation par remontée de nappe, ; elle ne précise pas davantage l'importance des modifications de la topographie, le plan de coupe étant également imprécis concernant les dimensions du vide sanitaire ; ces insuffisances ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision contestée ;

- le projet méconnaît l'article UB2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que le premier plancher habitable est en dessous du terrain naturel ;

- le projet méconnaît l'article UB3 du règlement du PLU : le terrain d'assiette du projet est desservi par " le chemin de Houdoux " lequel est le chemin rural n°10 d'une largeur de 3 mètres sans trottoirs ; l'accès au terrain est inférieur à 4 mètres ;

- le projet méconnaît l'article UB11 du règlement du PLU dès lors que le projet prévoit des volets roulants et que les tuiles prévues sont noires ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et les dispositions générales de l'article UB11 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet se situe en aléa fort au retrait et gonflement des argiles.

Par un mémoire enregistré le 28 août 2024, la commune du Val Saint-Germain représentée par Me Verger conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision.

Par un mémoire enregistré le 28 août 2024, Mme E D, représentée par Me Gérard conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants, que la condition de l'urgence n'est pas remplie et qu'il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 29 août 2024, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience ont été entendus :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud,

- les observations de Me Garrigues représentant M. et Mme C B qui concluent aux mêmes fins et par les mêmes moyens,

- les observations de Me Verger représentant la commune du Val-Saint-Germain qui reprend ses conclusions aux fins de rejet de la requête ;

- et les observations de Me Gérard pour Mme D qui reprend ses conclusions aux fins de rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11h42.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Lorsque le juge des référés a ordonné la suspension de l'exécution d'un permis de construire sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative en relevant l'existence d'un ou plusieurs vices propres à créer un doute sérieux quant à sa légalité et qu'il est ensuite saisi d'une demande tendant à ce qu'il soit mis fin aux effets de cette suspension dans le cadre de la procédure régie par l'article L. 521-4 du même code, au motif qu'un permis modificatif ou une mesure de régularisation, produit dans le cadre de cette nouvelle instance, régularise le ou les vices précédemment relevés, il appartient à ce juge, pour apprécier s'il est possible de lever la suspension du permis ainsi modifié, après avoir mis en cause le requérant ayant initialement saisi le juge du référé suspension, de tenir compte, d'une part, de la portée du permis modificatif ou de la mesure de régularisation sur les vices précédemment relevés et, d'autre part, des vices allégués ou d'ordre public dont le permis modificatif ou la mesure de régularisation serait entaché et qui seraient de nature à y faire obstacle.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () "

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien ; qu'il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il résulte de l'instruction que les requérants, propriétaires d'une maison à usage d'habitation située sur une parcelle contigüe au terrain d'assiette du projet, sont voisins immédiats du projet. Ils font état d'éléments relatifs, d'une part, à la nature du projet, qui porte sur la construction d'une maison d'habitation et, d'autre part, à la localisation du projet, situé à deux mètres de la limite séparative. Par ailleurs, ils font valoir que le projet supprimera leur vue sur un espace vert et le bois, créera une perte d'intimité et des nuisances sonores en raison de l'implantation d'une pompe à chaleur et entrainera une perte de valeur vénale de leur bien. Dans ces conditions M. et Mme C B justifient un intérêt à agir contre le permis de construire en litige.

Sur l'urgence :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

7. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

8. Si, en règle générale, l'urgence s'apprécie compte tenu des justifications fournies par le demandeur quant au caractère suffisamment grave et immédiat de l'atteinte que porterait un acte administratif à sa situation ou aux intérêts qu'il entend défendre, il en va différemment de la demande de suspension d'un permis de construire pour laquelle, eu égard au caractère difficilement réversible de la construction d'un bâtiment, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque les travaux vont commencer ou ont déjà commencé sans être pour autant achevés. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

9. Il résulte des pièces du dossier que les travaux effectués par Mme D ont démarré, la construction n'étant toutefois ni hors d'air ni hors d'eau. Dans ces circonstances, Mme D se prévalant de la seule circonstance qu'un retard dans l'exécution des travaux aurait pour elle des incidences financières importantes au demeurant non établies, M. et Mme C B doivent être regardés comme justifiant de l'existence d'une situation d'urgence conformément à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur le doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige :

10. Aux termes de l'article UB11 du règlement de la zone UB du PLU du Val-Saint-Germain : " Toitures () Les tons rouge vif, orange, marron foncé et noir sont interdits / () Menuiseries - volets () Les volets roulants sont autorisés, à condition que leur coffret ne soit pas visible depuis l'extérieur de la construction. / Les fenêtres visibles depuis l'espace public devront être équipées de volets à battant."

11. En état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de dispositions précitées de l'article UB 11 du règlement de la zone UB du PLU du Val-Saint-Germain, s'agissant de la toiture et des volets, constitue un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

13. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté accordant le permis de construire et la décision rejetant le recours gracieux.

Sur les frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de du Val-Saint-Germain le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

15. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la commune du Val-Saint-Germain et par Mme D soient mises à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante à la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le maire du Val Saint-Germain a accordé à Mme D un permis de construire une maison individuelle cadastrée A 1072 et de la décision du 11 juin 2024 rejetant le recours gracieux, est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : La commune du Val-Saint-Germain versera à M. et Mme C B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune du Val-Saint-Germain et de Mme D, fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée M. et Mme A et E C B, à la commune du Val Saint-Germain et à Mme E D.

Fait à Versailles, le 4 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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