samedi 10 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2406963 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2024, M. A B, représenté par Me Dujoncquoy, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois, renouvelable, l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français est illégal dès lors qu'il n'est pas motivé, qu'il n'a pas été pris au terme d'un examen complet de sa situation ; qu'il n'a pas été précédé de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour ; qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que l'absence de fourniture d'une autorisation de travail par son employeur n'est due qu'à un blocage du site de France Travail, que son employeur a déposé et obtenu l'autorisation dès qu'il a pu et qu'en tout état de cause cette autorisation n'était pas requise par application de l'article R. 5221-2 du code du travail ; qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen et l'article 9 du code civil ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il réside et travaille régulièrement en France depuis 2021 et qu'il a obtenu une autorisation de travail le 26 juillet 2024 ; si son titre n'était pas prolongé au-delà du 6 septembre 2024, il ne pourrait pas continuer à résider et travailler en France alors que son emploi est sa seule source de revenu ;
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de travailler, au respect de sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. En l'espèce, M. B, ressortissant brésilien, était titulaire, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " valable du 4 février 2022 au 3 mars 2024. Le 7 mars 2024, il a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour avec un changement de statut vers un titre " salarié ". Par un arrêté du 13 juin 2024, la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer ce titre et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. D'une part, alors qu'il indique avoir reçu notification de la décision le 18 juin 2024, M. B n'a présenté la requête en référé que le 7 août 2024 tandis qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait contesté l'arrêté litigieux par la voie du recours prévu, alors, à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, la circonstance qu'il était en attente de la réponse à la demande d'autorisation de travail déposée par son employeur à son profit ne l'empêchait toutefois pas de contester la décision de refus de séjour et la mesure d'éloignement prise à son encontre. D'autre part, pour justifier de l'urgence à suspendre cette décision, le requérant se borne à faire valoir qu'elle le place en situation irrégulière et risque de le priver d'emploi. Si de telles circonstances générales sont susceptibles de caractériser une situation d'urgence justifiant que le juge des référés soit saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à condition qu'il estime remplie l'autre condition posée par cet article, elles ne caractérisent pas, en revanche, une situation d'urgence particulière, au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui impliquerait qu'une mesure visant à sauvegarder les libertés fondamentales dont M. B se prévaut soit prise dans le très bref délai de 48h prévu à cet article, d'autant que le requérant ne produit aucun élément émanant de son employeur démontrant le risque de perte ou de suspension de son emploi à aussi brève échéance.
4. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de la requête.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B
Fait à Versailles, le 10 août 2024.
Le juge des référés,
signé
R. Féral
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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