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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407134

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407134

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 7 avril 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait examiné la situation personnelle de l'intéressé, notamment sa durée de présence et ses liens en France. Il a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la situation de célibataire sans charge de famille de M. B. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris et transmise au tribunal administratif de Versailles par ordonnance du président du tribunal administratif de Paris en date du 16 août 2024, M. A B, représenté par Me Belhedi demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 7 avril 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Belhebi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, de défaut de motivation, de défaut d'examen sérieux, d'une erreur de droit et d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le jugement en date du 21 décembre 2023 rendu par le tribunal administratif de Versailles rejetant sa demande d'annulation de l'arrêté rejetant sa demande de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours est frappé d'appel ;

- bien qu'il soit célibataire et sans charge de famille en France, il démontre l'intensité des liens qu'il possède en France, ainsi que leur intensité et leur stabilité.

Par un mémoire enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Belhedi, représentant les intérêts de M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête en faisant valoir que la décision du préfet de police est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, qu'il a effectué toute sa scolarité en France, où il a des liens anciens, que, si sa demande d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français a été rejetée par le tribunal administratif de Versailles, il a fait appel de ce jugement devant la cour administrative d'appel de Versailles,

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né à Djerba le 22 septembre 2001, demande l'annulation de l'arrêté en date du 7 avril 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'assortissant d'un signalement de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

5. En premier lieu, M. C D, adjoint au chef de section des reconduites à la frontière de la préfecture de police de Paris, a reçu, par un arrêté n° 2021-00861 du 24 août 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil n°75-2021-429 spécial des actes administratifs de cette préfecture, délégation du préfet de police pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté contesté expose les circonstances de droit et de fait propres à la situation personnelle de M. B dont les éléments sur lesquels le préfet de police s'est fondé pour prendre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Dès lors, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée, qui sont suffisamment développées pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. B. Ce moyen doit ainsi être écarté.

8. En quatrième lieu, M. B n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois assortissant le refus de titre de séjour pris à son encontre le 18 août 2023 par le préfet des Yvelines, notifié le 23 août 2023. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'il a interjeté appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté, le 21 décembre 2023, sa requête en annulation de l'arrêté du 18 août 2023, dès lors que l'appel n'est pas suspensif.

9. En cinquième lieu, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police en date du 7 avril 2024.

Sur les frais de l'instance :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante ni celle tenue aux dépens dans la présente instance, les conclusions de M. B relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. E Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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