lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407142 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au tribunal administratif de Paris les 4 mai et 30 juillet 2024 et transmis au tribunal administratif de Versailles par ordonnance du président du tribunal administratif de Paris en date du 16 août 2024, M. A C D, représenté par Me Ben Yahmed, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 3 mai 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet compétent sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
5°) d'enjoindre au préfet de police de restituer son passeport ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence, de défaut de motivation, de défaut d'examen de sa situation personnelle, d'erreur de fait car, contrairement à ce qu'a considéré le préfet, il réside de manière permanente avec toute sa famille à Grigny au domicile de sa mère ;
- l'obligation de quitter le territoire français a également méconnu le droit à être entendu, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH), ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le refus de délai de départ volontaire est entaché d'un défaut de motivation, de défaut d'examen approfondi et sérieux de sa situation personnelle, a méconnu l'article L. 612-1 du CESEDA, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de droit et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :
- le rapport de Mme E ;
- les observations de Me Troalen, substituant Me Ben Yahmed, représentant M. C D, présent, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui reprend les écritures de son confrère et qui ajoute que l'intégralité de la famille vit en France, que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu, que les décisions sont insuffisamment motivées car ne mentionnant pas la présence en France de ses enfants, dont trois sont scolarisés, ni la situation de son épouse.
- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant syrien né le 1er janvier 1987 à Alep (Syrie), demande au tribunal d'annuler les arrêtés en date du 3 mai 2024 par lesquels le préfet de police, d'une part a prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant le pays de destination, d'autre part lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. Pour prononcer les décisions contestées, le préfet de police s'est notamment fondé sur les circonstances que M. C D ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et se déclare marié avec quatre enfants à charge sans en apporter la preuve. Toutefois, il ressort des pièces produites à l'instance que M. C D réside chez sa mère à Grigny avec son épouse, également de nationalité syrienne, et leurs quatre enfants, dont le dernier est né sur le territoire français en 2021. M. C D est dès lors fondé à soutenir que le préfet n'a pas procédé, avant l'édiction des arrêtés contestés, à un examen particulier de sa situation et à en demander, pour ce motif, l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
3. D'une part, le présent jugement, qui annule pour défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français implique nécessairement que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation administrative de l'intéressé, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. ". Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant, pourvu d'une autorisation provisoire de séjour le temps que soit réexaminée sa situation administrative, ne se trouve plus en situation irrégulière. Par conséquent, le présent jugement implique que le préfet de police restitue à M. C D son passeport. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à cette restitution dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de police en date du 3 mai 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement au réexamen de la situation personnelle de M. C D et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de restituer à M. C D son passeport dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. C D la somme de 1 000 (MILLE) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. E Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 240714
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