jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407154 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2411449 du 19 août 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de M. E au tribunal administratif de Versailles.
Par cette requête, enregistrée le 7 mai 2024, M. C E représenté par Me Le Goff, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet de Police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;
2°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1200 euros TTC en application de l'articles 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- Le signataire de la décision doit justifier d'une délégation régulière ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen ;
- son droit à être entendu a été méconnu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité qui entache l'obligation de quitter le territoire ;
- le signataire de cette décision est incompétent ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2024, le préfet de Police, représenté par Me Rannou, avocat, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 :
- le rapport de M. Brumeaux ;
- les observations de Me Le Goff, avocat, représentant M. E, assisté de M. D, interprète en langue arabe ; il conclut aux mêmes fins et fait notamment valoir que la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. E n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi. La motivation de l'arrêté est stéréotypée et ne procède d'une analyse sérieuse de sa situation. Son employeur a engagé une procédure de régularisation. Il n'a pas été mis en mesure d'exposer sa situation professionnelle à l'administration. Il n'a commis aucune infraction.
- le préfet de Police n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain, né le 19 avril 1980, est entré sur le territoire français le 28 août 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet de Police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen commun aux deux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme A B, signataire de l'arrêté en litige, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté, qui n'a pas à reprendre tous les éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. E. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit, dès lors, être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
6. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 24 avril 2024, signé par M. E, qu'il a été interrogé par les services de police, et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. Il ne peut reprocher à l'administration de ne pas avoir tenu compte de la démarche de régularisation de sa situation professionnelle par son employeur dans la mesure où il s'est borné à indiquer qu'il était " en train de monter un dossier " et qu'il a terminé l'entretien en précisant " n'avoir rien à rajouter ". En outre il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée doit être écarté.
8. Enfin M. E fait valoir qu'il est hébergé par sa sœur, de nationalité française, et qu'il exerce une activité professionnelle depuis 2023. Toutefois son insertion professionnelle ne peut être justifiée par un contrat à durée indéterminée en date du 1er mars 2023, en qualité de vendeur, pour une activité non déclarée, par une promesse d'embauche en date du 17 mars 2024 du même employeur, et par l'obtention d'un certificat d'aptitude à la conduite en sécurité en décembre 2022. Dans ces circonstances, eu égard à la durée de son séjour en France inférieure à deux ans à la date de l'arrêté attaqué et de sa situation familiale et professionnelle qui vient d'être rappelée, le préfet de Police n'a pas commis une erreur d'appréciation sur les conséquences de sa décision sur la situation de requérant.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. M. E n'a pas établi l'illégalité de la mesure d'éloignement. Par suite l'exception d'illégalité de celle-ci à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de Police en date du 23 avril 2024 doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, relatives aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de Police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
M. Brumeaux Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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