jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2418411/12/3 du 19 août 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de M. A au tribunal administratif de Versailles.
Par cette requête, enregistrée le 6 juillet 2024, M. B A demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris a porté la durée de l'interdiction de séjour fixée à 12 mois par l'arrêté du préfet de la Seine Saint Denis en date du 28 février 2023 à 24 mois ;
- de condamner l'Etat au versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté ait été pris par une autorité compétente, en l'absence de production d'une délégation de signature au profit de son signataire ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- son édiction n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2024, le préfet de Police, représenté par Me Rannou, avocat, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024, qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Lamirand, avocat désigné d'office, représentant M. A. Elle conclut aux mêmes fins que la requête et fait notamment valoir que M. A bénéficie d'un droit de visite sur sa fille et que l'interdiction de retour sur le territoire français ferait obstacle à l'exercice de ce droit. Le juge des libertés et de la détention a mis fin à son maintien en rétention administrative, ce qui implique que M. A présente des garanties de représentation.
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 31 mars 2001, est entré irrégulièrement en France en 2020 selon ses déclarations et a fait l'objet d'un arrêté en date du 28 février 2023 du préfet de la Seine Saint Denis, portant obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour d'une durée de 12 mois. Par un arrêté du 5 juillet 2024, le préfet de police a porté la durée de l'interdiction de retour à 24 mois et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris Vincennes 1, conteste cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-00999 du 19 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police, le préfet de police a donné à Mme C D, cheffe du 8ème bureau, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Enfin l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai () ".
4. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
5. D'une part, la décision attaquée mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. Elle indique notamment que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français malgré une mesure d'éloignement sans délai en date du 28 février 2023 et qu'il représente une menace à l'ordre public. Il précise que l'intéressé se déclare marié et que l'enfant né de cette union n'est pas à sa charge. Ainsi, cette décision énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.
6. M. A soutient que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée portée à 24 mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où elle serait disproportionnée. Il fait valoir qu'il est marié à une ressortissante française depuis 2022 et qu'à la suite de la séparation du couple, il bénéficie d'un droit de visite auprès de sa fille depuis octobre 2023. Enfin il exerce un travail dans le secteur de l'aide à domicile depuis octobre 2023, sans toutefois le justifier, Toutefois, ces éléments relatifs à sa situation familiale et professionnelle ne constituent pas, en l'espèce, des circonstances humanitaires de nature à regarder la décision en cause comme excessive.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 5 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que celles relatives aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
M. E Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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