mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 août 2024, Mme B A, représentée par Me Besse, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a clôturé sa demande de renouvellement de titre de séjour et refusé de l'enregistrer ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2024, le préfet des Yvelines conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu'il a convoqué Mme A le 23 septembre 2024 pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et que sa requête est privée d'objet.
Par un mémoire enregistré le 5 septembre 2024, Mme B A persiste dans ses conclusions et maintient en tout état de cause sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique tenue le 6 septembre 2024 à 14h00, en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport.
Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étaient ni présentes ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience, à 14h05.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante égyptienne née le 8 février 2000 et entrée en France le 23 mars 2015 au titre du regroupement familial, a bénéficié de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont le dernier expirait le 27 février 2024. Elle a déposé le 15 novembre 2023 sur le site de l'ANEF une demande tendant au renouvellement de son titre mais cette demande a été clôturée le 29 janvier 2024. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. le préfet des Yvelines fait valoir qu'il a convoqué Mme A pour qu'elle dépose le 23 septembre 2024 à 15h05 sa demande de titre de séjour et que sa requête serait de ce fait privée d'objet. Toutefois, la décision dont Mme A demande la suspension de l'exécution clôture la demande de renouvellement de sa carte de séjour, formulée par téléprocédure sur le fondement de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que " vous êtes un majeur né en France ; à ce titre, nous vous invitons à demander un titre de séjour en ' vie privée et familiale ' ". Eu égard à ses motifs, elle ne porte pas sur le caractère complet du dossier, qui n'est d'ailleurs pas contesté, mais relève d'un examen au fond de la situation de l'intéressée. Elle emporte donc rejet de la demande formulée par Mme A, quand bien même elle invite la requérante à formuler une nouvelle demande. Par suite, la seule convocation de Mme A pour qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour le 23 septembre 2024 ne saurait avoir pour effet de priver d'objet ses conclusions à fin de suspension de la décision en litige. L'exception de non-lieu à statuer doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Si Mme A soutient qu'elle a entamé les démarches pour le renouvellement de son titre de séjour avant le 27 février 2023, elle ne produit qu'un courriel de la préfecture des Yvelines du 13 février 2023 lui indiquant la procédure à respecter pour le renouvellement de son titre de séjour et reprenant les termes de sa demande, dans laquelle elle faisait état, sans précision, de vaines démarches engagées depuis plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous. Par ce seul document, elle ne justifie pas avoir été empêchée d'accomplir les démarches requises pour le renouvellement de son titre de séjour dans le délai imparti, ni donc que la demande enregistrée le 15 novembre 2023 devrait être regardée comme une demande de renouvellement, et ce quels que soient les termes de la confirmation de dépôt qui lui a été délivrée le 15 novembre 2023. En revanche, Mme A, qui est entrée régulièrement en France en 2015 et a disposé de titres de séjour, a ses parents et frères et sœurs en France, est la mère d'un enfant français et indique, sans que cela soit contesté, travailler depuis mars 2022. Elle produit en outre un courrier de son employeur daté du 29 juillet 2024 l'invitant à régulariser sa situation sous peine d'interruption de son contrat de travail. Au regard de ces éléments, elle justifie d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne la condition relative au moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Il résulte de ce qui a été exposé au point 2 de la présente ordonnance que la décision du 29 janvier 2024, eu égard à ses motifs, emporte rejet de la demande de formulée par Mme A et constitue un acte faisant grief, quand bien même elle invite la requérante à formuler une nouvelle demande. Il est constant que cette décision ne vise aucun texte et ne précise ni l'identité ni les fonctions de son auteur. Il suit de là que les moyens tirés de l'incompétence de son auteur et de son insuffisante motivation sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 29 janvier 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Dès lors qu'il est constant que Mme A a été convoquée le 23 septembre 2024 à la préfecture des Yvelines pour y déposer son dossier de demande de titre de séjour, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines, sous astreinte, de réexaminer la situation de l'intéressée.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a clôturé la demande de titre de séjour de Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au préfet des Yvelines et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Versailles, le 11 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. Mauny
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2407223
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