Le Tribunal administratif de Versailles annule la décision implicite du conseil départemental de l’Essonne refusant la délivrance d’une carte « mobilité inclusion » mention « stationnement » pour la fille de Mme B..., atteinte de troubles du neurodéveloppement. Le tribunal estime que l’état de santé de l’enfant, qui nécessite une aide humaine systématique pour ses déplacements extérieurs, remplit les conditions fixées par l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles et l’arrêté du 3 janvier 2017. En l’absence de défense du département, la requête est accueillie.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2024, Mme C... B... demande au tribunal d’annuler la décision implicite formée le 12 avril 2024 par laquelle le conseil départemental de l’Essonne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision portant refus de délivrance d’une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement » pour sa fille D... A... née en 2013.
Elle soutient que sa fille est atteinte de troubles du neurodéveloppement.
En dépit de la mise en demeure du tribunal du 18 février 2025, le conseil départemental de l’Essonne n’a ni produit de mémoire en défense dans le délai de 30 jours qui lui était imparti, ni communiqué les pièces de l’entier dossier prévu par l’article R.772-8 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et à la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le décret n°2018-928 du 29 octobre 2018 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Régulièrement averties du jour de l’audience publique qui s’est tenue le 17 décembre 2025, à 10 heures, en présence de Mme Mas, greffière, ont été entendus :
- le rapport de M. Crandal ;
- les observations de Mme B..., mère de D..., qui a exposé que la carte demandée avait été précédemment attribuée à sa fille pendant une durée de cinq années et qui a développé les besoins de recours à une aide notamment pour les déplacements quotidiens de sa fille scolarisée en collège.
- le conseil départemental et la maison départementale des personnes handicapée (MDPH) de l’Essonne ni présents, ni représentés.
La clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R.772-9 du code de justice administrative, par appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C... B..., qui a sollicité le renouvellement de la délivrance de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement », pour sa fille D... A... née en 2013, demande l’annulation de la décision implicite formée le 12 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l’Essonne a confirmé son refus de lui délivrer cette carte.
2. D’une part, aux termes du I de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « La carte ‘mobilité inclusion’ destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. (…) 3° La mention ‘stationnement pour personnes handicapées’ est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ». Aux termes du IV de l’article R. 241-12-1 du même code : « Pour l’attribution de la mention ‘stationnement pour personnes handicapées’, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ».
3. D’autre part, aux termes de l’annexe à l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / – la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; / – ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / – une aide humaine ; / – une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) : / – un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; / – ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie ».
4. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d’une carte de stationnement pour personnes handicapées ou d’une carte mobilité inclusion portant la mention «stationnement pour personnes handicapées», il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux de l’aide et de l’action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l’une et l’autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
5. Il résulte de l’instruction que selon le certificat médical du 12 janvier 2024 produit par la requérante, sa fille D... A... qui présente des troubles du neurodéveloppement, peut faire preuve d’une impulsivité préoccupante avec risque de passage à l’acte auto ou hétéro-agressifs ce qui contraint la personne qui l’accompagne à la confier à la garde momentanée d’une autre personne pendant la recherche d’une place de stationnement. Il résulte nécessairement de cet avis médical, non contesté en défense, que la fille de Mme B... ne peut pas se déplacer sans l’aide d’une tierce personne et qu’ainsi elle remplit l’un des critères d’attribution de la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées ». Par voie de conséquence, la décision de rejet implicite du président du conseil départemental de l’Essonne est annulée. Il y a lieu d’enjoindre le président du conseil départemental de l’Essonne à délivrer la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées » valable pour la durée de cinq années à Mme B... pour sa fille D... A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D É C I D E:
Article 1er : La décision implicite du président du conseil départemental de l’Essonne formée le 12 avril 2024, refusant la délivrance de la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées » à Mme B... pour sa fille D... A... est annulée .
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de l’Essonne de délivrer la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées » valable pour la durée de cinq années à Mme B... pour sa fille D... A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... et au département de l’Essonne.
Copie en sera adressée à la Maison départementale des personnes handicapées de l’Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.
Le magistrat désigné,
J-M. CrandalLa greffière,
C. Mas
La République mande et ordonne au préfet de l’Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.