lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 août, 19 et 24 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Levy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, à titre subsidiaire la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français, à titre très subsidiaire la décision fixant un délai de retour de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour en qualité de " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande d'admission au séjour et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'était pas tenu de présenter un visa long séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'était pas tenu de produire un contrat de travail ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ne s'étant pas prononcé sur tous les éléments de sa situation pour apprécier s'ils étaient susceptibles de caractériser des motifs exceptionnels ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en raison de sa vocation à obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le délai de départ volontaire n'étant pas approprié à sa situation, et méconnaît l'article 7.2 de la directive retour 2008/115/CE du 16 décembre 2008.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de pièces ni d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 en présence de M. Rion, greffier d'audience :
- le rapport de M. Ouardes, président,
- les observations de Me Levy, représentant le requérant,
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain, né le 25 avril 1983, est entré sur le territoire français en juin 2015, sous couvert d'un visa de type C valable du 6 juin 2015 au 7 juillet 2015. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par un arrêté du 31 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin annulation :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article de L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. L'arrêté litigieux mentionne les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, permettant à M. A d'en critiquer les motifs. En particulier, l'arrêté précise pour quels motifs il a estimé que la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne pouvait lui permettre de se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". Dès lors, cet arrêté, qui n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de M. A, est suffisamment motivé et ne révèle pas de défaut d'examen de la situation individuelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen de la situation particulière de M. A.
4. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
5. En l'espèce le préfet des Yvelines, après avoir relevé que M. A ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour prévu par l'article 3 de l'accord franco-marocain, a apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation en relevant que le requérant disposait d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la société Boucherie Villette Imazighent le 30 janvier 2018 pour un emploi d'ouvrier boucher.
6. En troisième lieu, si M. A se prévaut de son intégration professionnelle en qualité de boucher, métier en tension, cette expérience ne peut être regardée comme révélant un motif exceptionnel de régularisation, de telle sorte que le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, contrairement à ce qu'allègue le requérant, le préfet ne s'est pas fondé sur l'absence de contrat de travail produit par l'intéressé pour lui refuser un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet doit par conséquent être écarté comme manquant en fait.
8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, s'il justifie résider en France depuis 2015, M. A est célibataire et sans enfant à charge. S'il se prévaut de la présence de son père, de son frère et de sa sœur en France, il n'établit pas ni même n'allègue entretenir avec eux des liens d'une particulière intensité ni que sa présence auprès d'eux serait indispensable. De plus, il n'est pas établi, ni même soutenu qu'il serait isolé en cas de retour au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dans ces conditions, en dépit de la volonté d'intégration professionnelle de M. A, le préfet des Yvelines, en prenant la décision attaquée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation de M. A doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité du refus de titre de séjour que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au points 9, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure sur la situation de M. A doit être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement et alors même qu'il travaille en France depuis 2018, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A remplisse les conditions lui permettant d'obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'un titre de séjour devait lui être attribué de plein droit et qu'il ne pouvait ainsi pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. En outre, le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance exceptionnelle de nature à justifier que son délai de départ volontaire soit prolongé. Par ailleurs, la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ayant été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011, M. A ne peut pas utilement invoquer la méconnaissance de ses dispositions à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.
16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrête du 31 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Les conclusions à fin d'annulation de sa requête doivent, par suite, être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte, ainsi que de celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
Mme Marc, première conseillère,
M. Hecht, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
P. Ouardes
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. Marc Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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