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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407386

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407386

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du 5 août 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a accordé le concours de la force publique pour expulser les requérants. Les requérants invoquaient l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment en raison de l'exécution alléguée du jugement d'expulsion du 12 janvier 2021. Le juge des référés a estimé que le moyen tiré de l'exécution de ce jugement n'était pas de nature à créer un doute sérieux, et que le défaut de motivation n'était pas établi. La condition de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la demande a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, Mme D et M. A, représentés par Me Massaloux, demandent au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 août 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a autorisé le concours de la force publique afin de pourvoir à l'exécution forcée du jugement d'expulsion des requérants du logement qu'ils occupent au 68 rue des Prés Saint-Martin à Savigny-sur-Orge ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'ils risquent d'être expulsés à tout moment de leur logement un courrier du commissaire de justice du 13 août 2024 indiquant que l'expulsion est imminente ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors qu'elle n'est pas motivée et que le jugement rendu le 12 janvier 2021 les condamnant au versement de la somme de 5 889 euros à valoir sur les loyers, charges et indemnité d'occupation impayés suivant décompte arrêté au 4 février 2020, avec intérêts au taux légal a été exécuté.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024, tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience ont été entendus :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud,

- les observations de Me Massaloux représentant Mme D et M. A qui concluent aux mêmes fins et par les mêmes moyens,

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.

Les parties ont été averties au cours de l'audience que la clôture de l'instruction était reportée au 11 septembre 2024 à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Aux termes, de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. () ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " Le commissaire de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ".

3. Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 12 janvier 2021 le tribunal de proximité de Longjumeau a condamné solidairement les requérants au paiement de la somme provisionnelle de 5 889 euros, les a autorisés à s'acquitter de cette dette à raison de 36 mensualités de 170 euros payables avant le 5 de chaque mois, a dit que le bail retrouverait son plein effet une fois la dette payée et si les délais prévus avaient été respectés, et qu'à défaut de paiement d'une seule mensualité à son échéance, le solde de la dette deviendrait exigible après une mise en demeure, que la clause résolutoire du bail reprendrait ses effets et qu'il pourrait être procédé à l'expulsion des requérants deux mois après la signification d'un commandement de quitter les lieux. Par suite, au regard des termes du jugement du 12 janvier 2021 qui viennent d'être rappelés et des pièces produites à l'instance, notamment des tableaux retraçant les virements mensuels, au bénéfice du mandataire du bailleur, effectués par les requérants et leur ventilation entre les loyers mensuels et le remboursement de leur dette locative, le moyen tiré de ce que le jugement rendu le 12 janvier 2021 aurait été exécuté n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, il en va de même pour le moyen tiré du défaut de motivation.

5. Par suite, l'une des conditions exigées par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 5 août 2024 de la préfète de l'Essonne doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence.

Sur les frais d'instance :

6. Compte-tenu de ce qui précède, l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a donc pas lieu de mettre à sa charge la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée Mme B D et M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 12 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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