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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407387

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407387

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de Mme B, ressortissante marocaine, qui contestait un arrêté préfectoral refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée, en droit comme en fait, conformément aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 27 août et 11 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Bouzekri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée en cas d'éloignement d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du présent jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard en attente de la délivrance d'une carte de séjour temporaire, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiqué au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024, en présence de M. Rion, greffier d'audience :

- le rapport de M. Hecht, premier conseiller,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine, née le 28 mars 1984, est entrée en France, selon ses déclarations, le 17 octobre 2015, munie d'un visa de court séjour valable du 27 septembre au 10 novembre 2015. Le 11 avril 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté en date du 31 juillet 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée en cas d'éloignement d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

3. La décision du 31 juillet 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B mentionne les stipulations de l'accord franco marocain du 9 octobre 1987, et notamment son article 3, sur le fondement desquelles elle a été prise, et vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également que l'intéressée ne justifie ni du visa de long séjour ni du contrat de travail visé par les autorités compétentes requis, et que sa demande a été examinée dans le cadre du pouvoir général d'appréciation détenu par le préfet. Elle précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale de la requérante, et notamment que l'intéressée est divorcée, sans charge de famille, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Maroc, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans, ainsi que celles relatives à sa situation professionnelle, notamment qu'elle produit une demande d'autorisation de travail pour un emploi de serveuse en salle en contrat à durée indéterminée conclu le 30 avril 2024, ainsi que des bulletins de paie d'août 2018 à avril 2019, décembre 2019 à mai 2022, d'octobre 2022 à mars 2023 et de mai 2024 pour des activités salariés chez différents employeurs. Ainsi, cette décision, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :" L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. En l'espèce, après avoir rappelé l'impossibilité pour les ressortissants marocains de se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiqué que Mme B ne remplissait pas les conditions prévues à l'article 3 de l'accord franco-marocain, le préfet des Yvelines a examiné la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressée dans le cadre de son pouvoir général de régularisation. Pour rejeter cette demande, le préfet des Yvelines a notamment pris en considération la circonstance que, si l'intéressée produisait, d'une part, des bulletins de paie d'août 2018 à avril 2019, de décembre 2019 à mai 2022, d'octobre 2022 à mars 2023, et depuis mai 2024 pour des activités salariés chez différents employeurs et, d'autre part, une demande d'autorisation de travail pour une emploi de serveuse en salle en contrat à durée indéterminée conclu le 30 avril 2024, toutefois ces circonstances ne constituaient pas un motif exceptionnel de séjour et l'ancienneté de séjour et travail de l'intéressée n'était pas suffisamment établie.

7. Pour contester cette appréciation, Mme B produit des pièces justifiant de l'exercice d'une activité professionnelle, d'abord à temps partiel entre août et octobre 2018 pour la société Les Cyclades, puis à temps partiel entre octobre 2018 et janvier 2019 pour la société Adages, ensuite entre décembre 2019 et décembre 2021 pour la société Ezel et enfin depuis octobre 2022 pour la société L'Open, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Ainsi, il ressort des pièces du dossier qu'elle justifie de 46 mois de travail à temps complet et de 5 mois de travail à temps partiel, depuis août 2018. Toutefois, ainsi que l'indique la décision attaquée, l'intéressée ne démontre pas avoir exercé une activité professionnelle entre avril et décembre 2019, non plus qu'entre mai et octobre 2022, et en tout état de cause pas pendant plus de sept ans comme elle le soutient. Par ailleurs, si la requérante verse au dossier le titre de séjour de son frère, valable jusqu'au 15 décembre 2026, et celui de sa sœur, au demeurant expiré depuis le 19 avril 2023, elle ne justifie pas de sa présence indispensable à leurs côtés, alors qu'elle ne conteste pas la présence au Maroc de ses parents, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Enfin, outre ses activités professionnelles, elle ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française, à l'exception d'un certificat de langue française de niveau B1 de juin 2018. Dans ces conditions, au regard des activités professionnelles qu'elle a exercées pendant un peu plus de 4 ans et de ses attaches familiales, le préfet des Yvelines n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.435-1 précité, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Hecht, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Hecht

Le président,

signé

P. Ouardes

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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