lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407404 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11u |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 août et le 9 septembre 2024, M. B A, représentée par Me Raymond, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en tant que demandeur d'asile sous un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, ou à elle-même si le bénéfice de l'aide juridictionnel ne lui était pas accordée.
Elle soutient que :
-la décision a été prise par un auteur incompétent ;
-elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, dès lors qu'elle ne s'est pas vu remettre la brochure commune dans le délai imparti ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences sur sa vie personnelle et son état de santé ;
-elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'arrêté a désigné l'Espagne comme état compétent pour traiter sa demande d'asile alors qu'il a initialement déposé une demande d'asile en Allemagne le 9 mars 2023 et que par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 27 juillet 2023, il avait déjà été transféré dans ce pays afin que sa demande y soit traitée ; il est donc impossible qu'il ait franchi irrégulièrement les frontières espagnoles en le 29 novembre 2023 dans la mesure où les autorités française ont procédé à son transfert en Allemagne le 12 décembre 2023.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, représenté par la Me Doucet, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 31 août 2024 des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Ouardes, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 septembre 2024 à 13h30, en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de M. Ouardes ;
- M. A n'était ni présent ni représenté ;
- les observations de Me Doucet, représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés ; concernant la détermination de l'état compétent, elle fait valoir que le requérant est, suite à son transfert en Allemagne, passé par l'Espagne ce qui justifie la compétence de ce dernier état pour le traitement de sa demande d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été produite par le préfet des Yvelines.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 23 février 1993, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 28 décembre 2023, auprès des services de la préfecture des Yvelines. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base de données dactyloscopiques et informatisées du système Eurodac aurait révélé que M. A avait franchi irrégulièrement la frontière espagnole le 29 novembre 2023 en venant d'un Etat tiers à l'Union européenne. Le 10 janvier 2024, le préfet des Yvelines a saisi ces autorités d'une demande de prise en charge, qui a été acceptée implicitement le 11 mars 2024. Par un arrêté du 13 août 2024, le préfet des Yvelines a décidé de transférer M. A aux autorités espagnoles. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Présentation d'une requête aux fins de prise en charge. 1. L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif (" hit ") Eurodac (), la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif (). / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'Etat membre auprès duquel la demande a été introduite. / () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ". Et aux termes de l'article 23 du même règlement, relatif à la " Présentation d'une requête aux fins de reprise en charge lorsqu'une nouvelle demande a été introduite dans l'État membre requérant ". " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b) () a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément () à l'article 18, paragraphe 1, point b) (), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. () / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les recherches sur le fichier européen Eurodac, entreprises lors du dépôt de la demande d'asile de M. A, le 28 décembre 2023, ne font aucunement état de la prise des empreintes de ce dernier en Espagne à la date du 29 novembre 2023 suite à un franchissement irrégulier des frontières de cet Etat, mais d'un prélèvement réalisé par l'Allemagne le 9 mars 2023, à l'occasion d'une demande de protection internationale introduite par le requérant. En outre, M. A verse au débat un premier arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône avait décidé de son transfert aux autorités allemandes en raison de l'acceptation explicite de leur compétence pour le traitement de cette demande. Il ressort également du fichier Eurodac produit par le préfet des Yvelines, que les autorités françaises ont exécuté cet arrêté, le 12 décembre 2023, par sa remise aux autorités allemandes. Par conséquent, le préfet des Yvelines ne fournit aucun élément de nature à établir un passage effectif de M. A en Espagne, alors qu'en tout état de cause, l'acceptation explicite de sa compétence par l'Allemagne a mis fin au processus de détermination de l'Etat compétent. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a commis une erreur de droit en estimant que l'Espagne était l'État compétent pour l'examen de sa demande de protection.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Compte tenu des motifs de l'annulation de l'arrêté du 13 août 2024, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines de délivrer une autorisation provisoire de séjour en tant que demandeur d'asile à M. A.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Raymond, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Raymond de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Me Raymond.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Yvelines du 13 aout 2024 est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Raymond renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Raymond, avocat de M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M A.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. Ouardes Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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