lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407442 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, des pièces complémentaires enregistrées les 11 et 12 septembre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 14 novembre 2024, M. D F A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la régularité de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas établie ;
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024, tenue en présence de M. Rion, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Marc,
- et les observations de Me Sangue, représentant M. A, qui persiste en ses conclusions et moyens ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F A, ressortissant guinéen né le 4 mai 1990, déclare être entré en France le 23 septembre 2016. Par un arrêté du 14 août 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-079 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil n° 91-2024-052 des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne, la préfète de ce département a donné délégation à M. E C, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour rejeter sa demande de titre de séjour, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces versées au dossier que la préfète de l'Essonne, qui n'était pas tenue de mentionner dans l'arrêté en litige l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. A, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Si M. A soutient, en particulier, qu'il avait demandé à l'administration d'examiner sa situation professionnelle, il n'en justifie par aucun élément. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, 'u égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant" la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La conditio' prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret du Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant" la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé " et aux termes de l'article R. 425-1 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en raison de son état de santé de se prononcer au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a émis un avis sur l'état de santé de M. A, le 12 janvier 2024. Il ressort des mentions figurant sur cet avis, produit par la préfète de l'Essonne, que le rapport médical requis dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de la requérante a été établi par le Dr B, médecin qui ne siégeait pas au sein du collège médical qui a rendu l'avis du 12 janvier 2024, composé des docteurs Norindr, Coulonges et Cizeron. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
8. D'autre part, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, la préfète de l'Essonne a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel il pouvait voyager sans risque. Si M. A soutient qu'il ne peut bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée, dans son pays d'origine, en se bornant à produire une prescription médicale, il ne produit aucun élément de nature à justifier de ce qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ni de son impossibilité de voyager à destination de ce pays. Par suite, c'est sans erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 'u code de l'entrée et du séjour des étrangers e' du droit d'asile que la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
Mme Marc, première conseillère,
M. Hecht, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Marc
Le président,
signé
P. OuardesLe greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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