lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407450 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | AMNACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2411990 du 28 août 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis le dossier de la requête de M. B A au tribunal administratif de Versailles.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 29 août 2024, M. B A, représenté par Me Amnache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce qui est mentionné dans la décision attaquée, il est entré régulièrement sur le territoire français le 3 décembre 2016 sous couvert d'un visa en cours de validité et qu'il a effectué des démarches pour régulariser sa situation administrative ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-Saint-Denis, le 29 août 2024, qui n'a pas produit d'observation en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024, tenue en présence de M. Rion, greffier d'audience, le rapport de Mme Marc, qui a relevé d'office la substitution, à la base légale retenue par le préfet de Seine-Saint-Denis, celle du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 28 janvier 1991, déclare être entré en France le 3 décembre 2016. Par un arrêté du 24 juillet 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet de Seine-Saint-Denis s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire sans délai, fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, cet arrêté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées, permet au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ".
4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
5. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est entré sur le territoire français muni d'un visa, contrairement à ce que retient le préfet de Seine-Saint-Denis dans son arrêté du 24 juillet 2024, il est constant que ce visa est expiré depuis le 29 décembre 2016 et qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. Si M. A soutient que, contrairement à ce que retient le préfet, il a entrepris des démarches visant à régulariser sa situation administrative, il se borne à produire au soutien de ses allégations un courriel du 28 mars 2022 portant convocation pour le dépôt d'une demande de titre de séjour, soit plus de trois ans après l'expiration de son visa. En outre, une telle circonstance ne saurait par elle-même faire obstacle à ce que le préfet de Seine-Saint-Denis édicte à son encontre une obligation de quitter le territoire français, et ce dernier aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent ainsi être substituées à celles du 1° de cet article. Cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
6. Compte-tenu de ce qui a été exposé au point précédent, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que le requérant est entré régulièrement sur le territoire français, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire au requérant, le préfet de Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que M. A ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne disposait pas d'un document de voyage en cours de validité, qu'il n'établissait demeurer de manière stable et effective dans le lieu de résidence qu'il a déclaré, qu'il s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa, sans entamer de démarches visant à la régularisation de sa situation administrative, et qu'il représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. M. A soutient qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public et qu'il présente des garanties de représentation effectives dès lors qu'il dispose d'un passeport en cours de validité, qu'il établit disposer d'une résidence stable et effective et qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire s'il s'était fondé sur le seul motif tiré du risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
10. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
11. D'une part, le préfet de Seine-Saint-Denis ayant décidé de ne pas octroyer à M. A un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement du territoire français prise à son encontre, il pouvait légalement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assortir cette même décision d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire.
12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que s'il est constant que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, M. A ne se prévaut pas d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national ni d'intégration sociale, outre son intégration professionnelle. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. A a fait l'objet d'une interpellation pour des faits de conduite sans permis. Compte tenu de ces éléments, et au regard de la situation personnelle de l'intéressé exposée ci-dessus au point 5, en fixant à un an l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
Mme Marc, première conseillère,
M. Hecht, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Marc
Le président,
signé
P. OuardesLe greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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