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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407453

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407453

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le garde des sceaux a licencié M. B pour insuffisance professionnelle. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas démontré que les revenus de son foyer (notamment les 1 800 euros mensuels de son épouse) étaient insuffisants pour faire face aux charges courantes, ni qu'il ne pouvait prétendre à des allocations chômage. Aucun des moyens soulevés (incompétence, vice de procédure, erreur de qualification juridique, erreur manifeste d'appréciation ou détournement de procédure) n'a été jugé, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. A B, représenté par Me Fonvieille, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle et sa radiation des cadres, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de procéder sous huitaine à sa réintégration provisoire à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable, dès lors qu'un recours en annulation a été introduit concomitamment dans le délai de recours contentieux ;

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que la décision attaquée emporte des effets immédiats sur sa situation personnelle, en ce qu'elle bouleverse la situation financière du couple et les place dans une situation matérielle qui ne leur permet pas de faire face à leurs charges courantes ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

o elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;

o elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la composition irrégulière de la commission administrative paritaire ;

o le garde des sceaux, ministre de la justice, a commis une erreur de qualification juridique en décidant son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

o il a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa manière de servir caractérisait une insuffisance professionnelle justifiant son licenciement ;

o l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de procédure dans la mesure où l'administration a engagé une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle alors qu'il lui est reproché d'être affecté sur un poste protégé en raison de état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le garde des sceaux, ministère de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que l'épouse du requérant perçoit des revenus de 1 800 euros par mois et qu'il ne justifie pas que ces ressources seraient insuffisantes pour faire face aux charges du foyer ni qu'il ne pourrait percevoir l'aide au retour à l'emploi ;

- aucun moyen invoqué ne paraît propre en l'état de l'instruction à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 août 2024 sous le numéro 2407426 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellouch, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 11 septembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Lellouch, juge des référés,

- les observations de Me Fonvielle, représentant M. B, qui s'en est rapporté à ses conclusions écrites s'agissant des moyens de légalité externe et a insisté sur les moyens de légalité interne invoqués, et celles de M. B, lui-même.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, à 10h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, l'a licencié pour insuffisance professionnelle et l'a radié des cadres.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction que l'exécution de l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel M. B a été licencié pour insuffisance professionnelle a pour effet de priver le requérant de son traitement habituel, d'environ 3 100 euros par mois, depuis le mois de juillet dernier, ce qui va nécessairement impacter de manière sensible sa situation financière, ainsi que celle de son foyer, dès lors qu'il résulte de l'instruction que les ressources que son épouse tire de son emploi, de l'ordre de 1 800 euros, sont insuffisantes pour faire face aux charges fixes du couple, alors même que M. B serait susceptible dans un certain délai de bénéficier de l'aide au retour à l'emploi. En outre, le ministre de la justice ne justifie pas d'un intérêt public qui ferait obstacle à la suspension de l'exécution de la mesure de licenciement de l'intéressé. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme étant remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de M. B et du détournement de procédure sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, a licencié M. B pour insuffisance professionnelle et l'a radié des cadres.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La suspension de l'exécution de l'arrêté prononçant le licenciement de M. B, implique nécessairement sa réintégration provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande d'annulation de cette même décision. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de procéder à la réintégration provisoire de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'au jugement au fond de la requête en annulation enregistrée le 28 août 2024 au greffe du tribunal sous le n° 2407426. Il n'y a pas lieu à ce stade d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice du 17 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de procéder à la réintégration provisoire de M. A B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Versailles, le 12 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

J. LELLOUCH La greffière,

signé

S. PAULIN

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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