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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407495

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407495

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a été saisi en référé-suspension (article L. 521-1 du code de justice administrative) par Mme A, ressortissante rwandaise, pour contester le refus de titre de séjour opposé par la préfète de l'Essonne le 2 juillet 2024. La requérante invoquait l'urgence, son contrat de travail étant suspendu, et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment pour erreur de fait et erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 5221-20 du code du travail. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la condition d'urgence n'était pas établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 30 août 2024, Mme B A, représentée par Me Guillier, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne lui a refusé la délivrance de sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner et à travailler ainsi qu'à déposer une nouvelle demande d'autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entrée légalement sur le territoire national le 13 septembre 2020 munie d'un visa étudiant puis a été munie d'un titre de séjour mention " création d'entreprise ou recherche d'emploi " et a obtenu un emploi stable en qualité de chargée de communication au sein de la Fondation du Risque ;

- la condition de l'urgence est remplie en ce que son récépissé de demande de titre de jour a expiré le 2 juillet 2024 et que son contrat de travail a été suspendu le 28 août 2024, l'exposant ainsi à un risque de rupture de contrat de travail ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige en ce que la compétence de son auteur n'est pas établie, en ce qu'elle est entachée d'erreurs de fait avec une motivation sans rapport avec la réalité de sa situation, que la préfète de l'Essonne s'est crue à tort en situation de compétence liée et qu'elle est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 5221-20 du code du travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, la préfète de l'Essonne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 août 2024 sous le n° 2407306 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 18 septembre 2024 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix, juge des référés ;

- les observations de Me Guillier, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que les difficultés administratives rencontrées par l'employeur de la requérante ne sont pas de son fait ; l'urgence est établie dès lors que son contrat de travail a été suspendu et sera rompu eu égard à sa situation administrative ; aucune réponse n'a été apportée en défense quant aux moyens soulevés ; enfin, la requérante a répondu aux relances de la préfecture à chaque reprise ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète de l'Essonne, qui fait valoir que la requérante n'a pas produit l'autorisation de travail et n'a pas davantage informée l'administration de ses difficultés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14 heures 30.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante rwandaise née le 23 décembre 1990, est entrée légalement sur le territoire national le 13 septembre 2020 munie d'un visa étudiant, a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " et a obtenu un emploi de chargée de communication auprès de la Fondation du risque. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " travailleur indépendant " et le 16 avril 2024, son employeur a sollicité auprès des services compétents la délivrance d'une autorisation de travail. La procédure a été clôturée en raison de difficultés administratives rencontrées par la Fondation du Risque, s'agissant notamment de la fourniture d'un nouveau numéro de SIRET. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne lui a refusé sa demande de titre de séjour ;

Sur la recevabilité :

2. Il résulte de l'instruction que la requête à fin d'annulation de la décision en litige a été enregistrée le 27 août 2024. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Essonne doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

4. Il résulte de l'instruction que Mme A dispose d'un emploi et qu'elle est en attente d'un son titre de séjour pour prolonger son contrat de travail. Son employeur, la Fondation du Risque, a rencontré des difficultés administratives, indépendantes de la volonté de la requérante, ayant conduit à la clôture de la demande d'autorisation le 27 juin 2024. Le récépissé de demande de titre de séjour de Mme A étant arrivé à expiration le 2 juillet 2024, et la demande de référé suspension diligentée par l'intéressée ayant été rejetée par ordonnance n° 2407306 du 27 août 2024, la Fondation du Risque a suspendu temporairement son contrat de travail à compter du 28 août 2024 jusqu'à la présentation d'un document justifiant la régularité de sa situation administrative. Il s'ensuit que la condition de l'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée :

5. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision de la préfète de l'Essonne. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de son exécution.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

7. Eu égard au motif de suspension retenu et à l'office du juge des référés défini par les dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de délivrer une carte de séjour à Mme A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation administrative de Mme A dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Guillier ,à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 19 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

signé signé

P. FraisseixS. Paulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 2

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