mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, M. B A C, représenté par Me Thomas, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 août 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de renouveler sa carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa décision dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de carte de résident ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée :
* Elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
* Elle est entachée d'erreur de fait ;
* Elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions des articles L. 432-3 1° et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a fait l'objet d'une seule et unique condamnation pénale, ancienne de 6 années, pour un fait grave mais isolé, ancien de 8 années ;
* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe aucun doute quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2407661 par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024 à 10 heures tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu les observations de Me Robin, représentant M. A C, qui reprend les conclusions et moyens développés dans la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 10h28.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né le 24 septembre 1993, bénéficiaire d'une carte de résident valable du 6 décembre 2009 au 5 décembre 2019, en a sollicité le renouvellement. Il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de renouveler son titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
3. Aux termes de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public ; () ". Article L. 433-2 du même code : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. ". Article L. 432-12 du même code : " () Lorsque l'étranger qui fait l'objet d'une mesure mentionnée aux 1° ou 2° du présent article ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3, une autorisation provisoire de séjour lui est délivrée de droit. ".
4. Il résulte de l'instruction qu'alors que M. A C est en possession du dernier récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 2 octobre 2024, la décision contestée précise à son article 2 qu'une autorisation provisoire de séjour lui sera délivrée. Dans ses écritures en défense, le préfet des Yvelines expose qu'en application des articles L. 432-3 et L. 432-12 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de refus de renouvellement de carte de résident opposée à M. A C entraîne pour l'intéressé la délivrance de droit d'une autorisation provisoire de séjour de 6 mois, avec autorisation de travail. M. A C, qui ne conteste pas se trouver dans la situation visée par les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'établit ni même n'allègue qu'il se heurterait à des difficultés afin d'obtenir cette autorisation provisoire de séjour. Dans ces conditions, la décision contestée de refus de renouvellement de titre de séjour n'a, dans l'immédiat, aucun effet sur la possibilité pour le requérant de se maintenir sur le territoire et d'y travailler. Dès lors, en l'état de l'instruction, la condition d'urgence exigée ne peut être regardée comme remplie et par suite, sans qu'il soit nécessaire d'examiner s'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, il y a lieu de rejeter la requête présentée par M. A C, ensemble ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 18 septembre 2024.
La juge des référés,
signé
J. Sauvageot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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