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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407711

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407711

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles rejette la requête de M. B, ressortissant espagnol, qui contestait un arrêté préfectoral du 3 septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de circulation d’un an et signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Le tribunal estime que la décision ne méconnaît pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, malgré la scolarisation des enfants en France, en raison de la condamnation pénale de l’intéressé pour violences habituelles sur conjoint et sur mineur, et de l’absence de preuve de sa participation à l’entretien et à l’éducation de ses enfants. Les autres moyens, tirés de démarches de naturalisation ou d’homologation du permis de conduire, sont jugés sans incidence sur la légalité de l’arrêté. La requête est donc rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- ses enfants sont scolarisés en France ;

- il a sollicité une naturalisation et l'homologation de son permis de conduire.

Par un mémoire en défense non communiqué enregistré le 29 novembre 2024, la préfète de l'Essonne a conclu au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Fraisseix.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant espagnol né le 9 septembre 1978, a été interpellé le 2 septembre 2024 par les services de police de Juvisy-sur-Orge pour non-respect d'une peine complémentaire. Le requérant a en outre été condamné par le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes le 7 juin 2023 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence sans incapacité sur mineur par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime en présence d'un autre mineur. Enfin, l'intéressé a précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de l'Essonne le 19 octobre 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Si M. B fait état de la présence de ses enfants scolarisés en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes le 7 juin 2023 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence sans incapacité sur mineur par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime en présence d'un autre mineur. En outre, le requérant n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste et pas davantage d'une erreur de fait quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B, la circonstance que l'intéressé aurait engagé des procédures en vue de sa naturalisation et de l'homologation de son permis de conduire étant sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

P. Fraisseix

Le président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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