mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2422345 du 6 septembre 2024, le président de section du tribunal administratif de Paris a renvoyé la requête de M. D au tribunal administratif de Versailles.
Par cette requête, enregistrée le 20 août 2024, M. A D demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 19 août 2024 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai d'une semaine sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de bénéficier de l'assistance d'un avocat dans le cadre de l'aide juridictionnelle ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros au titre des frais de l'instance.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est prise par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen individuel de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est également prise par une autorité incompétente
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison de la violation de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant un délai pour l'éloignement :
- elle est prise par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace à l'ordre public ;
-
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée .
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024 tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de Mme Gosselin ;
- les observations de Me Landais qui rappelle la durée du séjour du requérant et souligne que la dernière mention d'infraction remonte à 2021. Elle indique également que M. D travaille dans le BTP et que ses antécédents ne figurent que sur le fichier des antécédents judiciaires ;
- les observations de M. D qui indique ne pas comprendre pourquoi il est incarcéré.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant de nationalité algérienne, né le 11 septembre 1994 à Annaba (Algérie), est entré en France selon lui, en 2017. Par un arrêté du 19 août 2024, le préfet de police de Paris a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. D en demande l'annulation par la présente requête.
Sur les moyens communs aux quatre décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial et donc accessible à tous, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Elles mentionnent notamment la situation administrative et familiale de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D dès lors qu'il mentionne les éléments rappelés au point 3 ci-dessus. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales énoncent que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits ou des libertés d'autrui. "
6. Il résulte du dossier que M. D a déjà été condamné en dernier lieu par le tribunal correctionnel de Paris successivement à 3 mois d'emprisonnement le 23 octobre 2021 pour vol et à quatre mois d'emprisonnement le 20 août 2024 pour menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et violence sur un fonctionnaire de la police nationale suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ; il a été incarcéré au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis le 21 août 2024. Par ailleurs, il est connu des forces de l'ordre pour de nombreuses infractions de vols, vols aggravés, détention et transport de stupéfiants, extorsion de fonds, dégradations et détention d'arme blanche depuis 2017. Il ne témoigne d'aucune intégration en France s'est déclaré célibataire et sans charges de famille. Par suite, compte tenu de ces éléments, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
7. En quatrième lieu, pour les motifs rappelés au point 6, la décision portant décision fixant le pays de destination n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale du requérant. De même, l'intéressé ne produit aucune pièce établissant un quelconque risque dans son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ :
8. Les dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que : " par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;
3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L.612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ". M. D soutient que le préfet de police de Paris a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors que son éloignement ne présente pas d'urgence caractérisée.
9. Pour les motifs rappelés ci-dessus au point 6 et alors que l'intéressé a fait déjà l'objet de 3 autres obligations de quitter le territoire français, respectivement en 2018, 2020 et 2021 et qu'il est connu sous divers alias, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
10. Enfin, en dernier lieu, et compte tenu de ce qui a été indiqué ci-dessus, la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police de Paris du 19 août 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées en injonction et celles portant sur les frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police de Paris.
Lu en audience publique le 2 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. Gosselin Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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