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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407768

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407768

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 27 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, jugeant l'arrêté suffisamment motivé en droit et en fait. Il a également estimé que la décision n'était pas entachée d'erreur de droit, M. A s'étant maintenu irrégulièrement en France après l'expiration de son récépissé de séjour. Enfin, le tribunal a considéré que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa situation pénale et de l'absence d'attaches familiales en Algérie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. C A, incarcéré au Centre pénitentiaire de Bois-d'Arcy, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français émane d'une autorité dépourvue de compétence, est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet et circonstancié de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 20 mars 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Touré, avocat désigné d'office représentant M. A présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme dès lors qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en Algérie ;

- et les observations de Me Hafdi, représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A, qui ne verse aucune pièce justifiant de son intégration, ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces complémentaires ont été présentées le 8 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 2 novembre 2003 est entré en France en 2007 selon ses déclarations et a été muni le 23 mai 2023 d'un récépissé de demande de carte de séjour venant à expiration le 22 novembre 2023 dont il n'a pas demandé le renouvellement. Il a été interpellé le 27 août 2024 pour détention, transport, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, violence en bande organisée ou guet-apens avec usage ou menace d'une arme sur une personne dépositaire de l'autorité publique, récidive et rébellion et condamné pour ces faits à une peine de 18 mois d'emprisonnement. Par une décision du 27 août 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. D B, chef du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté n° 78-2024-06-17-00002 du 17 juin 2024, régulièrement publié le jour même. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A et notamment l'interpellation dont il a fait l'objet pour transport et détention de stupéfiants, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, lui interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de 5 ans et fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu sur le sol français plus d'un mois après l'expiration le 22 novembre 2023 de son récépissé de demande de carte de séjour sans avoir engagé de démarches en vue du renouvellement de son titre Par suite, il entre dans les prévisions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de droit.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. A, célibataire, sans charge de famille et dépourvu de sources de revenus, soutient qu'il a été porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée en familiale en ce qu'il n'a plus aucune attache dans son pays d'origine, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition en date du 27 août 2024 que la mère de l'intéressé s'est réinstallée en Algérie. Par ailleurs, il n'a pas été en mesure de justifier d'un quelconque commencement d'intégration sociale ou professionnelle sur le territoire, tandis qu'il a été signalisé à plusieurs reprises pour des faits en relation avec le trafic de stupéfiants et a été écroué le 29 août 2024 puis condamné le 29 août 2024 à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour détention, transport, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, violence en bande organisée ou guet-apens avec usage ou menace d'une arme sur une personne dépositaire de l'autorité publique, récidive et rébellion. Ainsi, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son récépissé de son récépissé de demande de titre de séjour sans avoir engagé de démarches ultérieures, Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Si M. A soutient que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, la seule ancienneté de sa présence sur le sol français ne saurait en l'espèce, compte tenu de son comportement d'ensemble, caractériser des circonstances humanitaires s'opposant à l'interdiction qui lui a été faite de retour sur le sol français. En outre, compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente M. A, qui ne fait par ailleurs état d'aucun élément d'intégration, notamment d'ordre professionnel, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en fixant à cinq années la durée de l'interdiction dont il a assorti sa décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 août 2024 du préfet des Yvelines doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. E Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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