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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407834

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407834

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407834
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de plusieurs articles du règlement intérieur du conseil municipal de Savigny-sur-Orge, présentée par M. Vagneux, conseiller municipal. Le juge a estimé que la condition d'urgence, nécessaire pour ordonner la suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'était pas remplie. Il a notamment relevé que le requérant n'établissait pas que l'application des dispositions contestées portait une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses prérogatives d'élu ou à l'intérêt public, justifiant une intervention avant le jugement au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. A Vagneux demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des articles 4-2, 5, 12, 19, 20, 28-4, 31 et 32 du règlement intérieur de la commune de Savigny-sur-Orge, dans sa version du 27 juin 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces articles.

Il soutient que :

- la requête en référé ne pose aucun problème de recevabilité ;

- la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que l'intérêt public commande que les élus puissent librement exercer leur mandat, notamment les droits qui leur sont reconnus par le code général des collectivités territoriales, en particulier les articles L. 2121-29, l. 2121-27, L. 2121-27-1 et L. 2121-19 ; il existe en outre un intérêt public à la suspension de l'exécution des articles litigieux du règlement intérieur afin qu'il ne soit plus amener à déposer de nouvelles requêtes ; en outre, il justifie d'un intérêt personnel à agir compte tenu des limites portées par les dispositions du règlement intérieur litigieuses à l'exercice de son mandat d'élu ; enfin, il y a urgence dès lors que son mandat doit s'achever dans dix-huit mois, que le jugement au fond n'interviendra que postérieurement et que les dispositions attaquées continueront de s'appliquer, notamment lors de la prochaine séance programmée le 26 septembre 2024 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

o l'article 5 du règlement intérieur en litige, qui prévoit que les questions orales ne doivent pas excéder deux minutes, qu'elles ne peuvent être suivies ni d'un débat ni d'un vote et qui limite à deux par séance le nombre de questions orales des élus non-inscrits dans un groupe, méconnaît les dispositions du premier alinéa de l'article L. 2121-19 du code général des collectivités territoriales ; l'obligation de présenter la question orale deux jours francs avant la séance porte atteinte au droit d'expression des élus dès lors qu'elle ne leur permet pas d'être dans l'actualité immédiate ; enfin, la limitation à deux questions orales par séance, en ce qu'elle ne s'impose qu'aux élus non-inscrits, créé une discrimination entre les élus ;

o l'article 19 du règlement intérieur, qui prévoit que le maire décide de la suite à donner à une demande d'inscription d'une proposition de délibération à l'ordre du jour, méconnaît l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales ;

o l'article 20 du règlement intérieur, relatif aux vœux et motions, qui prévoit que c'est le conseil municipal qui décide de la suite à donner aux propositions de vœux ou motions est entaché d'erreur de droit ;

o l'article 30 du règlement intérieur, en ce qu'il impose la transmission des textes à paraître sur le bulletin municipal en format texte, est illégal au regard de la jurisprudence, d'autant qu'elle n'est pas respectée par les élus, ainsi qu'il l'a démontré et qu'il ne sert qu'à le censurer régulièrement ;

o l'article 31, en ce qu'il prévoit que le local mis à disposition des conseillers municipaux n'appartenant pas à la majorité ne peut en aucun cas servir de permanence, est abusive au regard des articles L. 2121-27 et D. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

o l'article 12 du règlement intérieur, en ce qu'il prévoit la suppression des enregistrement des séances à compter de l'approbation définitive du procès-verbal du conseil municipal réalisé à partir de ceux-ci est contraire à l'instruction DAF/DPACI/RES/2009/208 du 28 août 2009 de la direction des archives et de la direction générale des collectivités locales qui prévoit que la durée d'utilité administrative des séances des assemblées délibérantes s'établit à un an et recommande la conservation au-delà ;

o l'article 28-4 du règlement intérieur, qui prévoit qu'aucun enregistrement des débats n'est autorisé pendant les réunions des commissions est illégal ;

o enfin, l'article 4-2 du règlement intérieur, qui prévoit que toute demande d'information ou intervention d'un membre du conseil municipal auprès de l'administration communale se fait sous couvert du maire ou de l'adjoint délégué est illégale, en ce qu'elle place les conseillers dans une position moins favorable que celle des contribuables qui peuvent directement saisir une chargée de mission relations usagers, sans passer par le maire, est illégal.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 août 2024 sous le numéro 2407371 par laquelle M. Vagneux demande l'annulation des articles attaqués du règlement intérieur de la commune de Savigny-sur-Orge dans sa version du 27 juin 2024.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellouch, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. Vagneux, conseiller municipal de la commune de Savigny-sur-Orge, demande au juge des référés la suspension de l'exécution des articles 4-2, 5, 12, 19, 20, 28-4, 31 et 32 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Par ailleurs, en vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier l'existence d'une situation d'urgence, M. Vagneux fait valoir, d'une part, et de manière générale, que les dispositions du règlement intérieur contestées sont de nature à porter gravement atteinte à l'exercice de la démocratie locale, en particulier aux droits que les élus détiennent des dispositions des articles L. 2121-29, l. 2121-27, L. 2121-27-1 et L. 2121-19 du code général des collectivités territoriales ainsi que l'intérêt public, tenant à l'information du public et à la transparence démocratique, qui commanderait l'archivage des enregistrements du conseil municipal. Il soutient, d'autre part, que l'application des dispositions attaquées du règlement intérieur le conduit à présenter de nombreuses requêtes au tribunal, qui vont finir par impacter fortement les finances de la commune. Enfin, il se prévaut des conséquences des dispositions attaquées sur l'exercice de son mandat, à savoir l'absence de réponse à ses questions écrites depuis plus d'un an, le refus opposé à ses dix propositions de délibération, le rejet d'une vingtaine de motions et de vœux qu'il a déposés, la censure à l'occasion de chaque édition du conseil municipal de ces propositions de publication et l'impossibilité d'obtenir l'enregistrement des séances du conseil municipal, nécessaire afin de faire valoir sa situation en justice. Toutefois, alors notamment que le règlement intérieur prévoit que les procès-verbaux des séances du conseil municipal comprennent une transcription mot à mot des débats et sont établis sur la base des enregistrements conservés jusqu'à leur approbation définitive, que les élus non-inscrits de l'opposition conservent la possibilité de présenter deux questions orales à chaque séance, et ont la possibilité de s'exprimer en format texte dans le bulletin municipal, M. Vagneux n'apporte pas d'élément concret pour justifier en quoi les limitations à l'expression des élus municipaux ou à la mise à disposition aux élus de l'opposition d'un local, instaurées par les dispositions litigieuses du règlement intérieur, seraient de nature à préjudicier de manière grave et immédiate à sa situation, à l'exercice de son mandat, aux droits qui s'y attachent ou plus largement aux intérêts publics qu'il entend défendre.

5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence exigée par l'article

L. 521-1 précité n'est pas remplie. Il y a lieu, par suite, de rejeter en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative la demande de suspension présentée par M. Vagneux, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. Vagneux est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A Vagneux.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune de Savigny-sur-Orge.

Fait à Versailles, le 12 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

J. LELLOUCH

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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