mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2326398/12/3 du 28 août 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé la requête de M. B au tribunal administratif de Versailles.
Par cette requête, enregistrée le 16 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Da Costa, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a signalé dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de sa bonne intégration ;
- elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle pour les mêmes motifs.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est également insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-642 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de nationalité marocaine, né le 16 décembre 1980 à Casablanca (Maroc), est entré en France dépourvu de document transfrontalier. Par des arrêtés du 14 novembre 2023, le préfet de police de Paris a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B en demande l'annulation par la présente requête.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. B relevant des cas prévus par la loi du 10 juillet 1991 susvisée, il y a lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision, après avoir indiqué l'état civil du requérant, rappelle sa situation tant familiale, professionnelle qu'administrative en soulignant que le requérant a refusé de s'exprimer sur ce sujet. Elle indique également que l'intéressé est connu des forces de l'ordre pour vol avec violence ayant causé une ITT de huit jours. Par suite, ces précisions révèlent un examen individuel de la situation de M. B et la motivation suffisante de la décision attaquée.
4. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisent que : "L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". D'autre part, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient que " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, outre le fait que M. B est connu pour des faits de vol avec violence, il est entré et réside illégalement en France et ne soutient ni n'allègue avoir tenté de régulariser sa situation. S'il indique vivre avec une conjointe en situation régulière, il ne l'établit pas aucun élément. Il est sans charge de famille et ne témoigne d'aucune intégration ni personnelle ni professionnelle. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur dans l'appréciation de la situation du requérant ni au regard des dispositions et stipulations précitées.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
6. La décision attaquée, prise au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relève que
M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement réadmissible ; elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
7. M. B n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.
8. Pour les motifs rappelés au point 6, la décision portant décision fixant le pays de destination n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police de Paris du 14 novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Lu en audience publique le 2 octobre 2024
Le magistrat désigné,
Signé
C. Gosselin Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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