mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 11 et 26 septembre 2024, M. C A représenté par Me Raymond, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités " espagnoles " pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient :
- que l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence, le signataire de la da n'établissant ni sa compétence ni la délégation du préfet ;
- qu'il est insuffisamment motivé ;
- qu'il méconnaît l'article 4 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il risque un traitement inhumain de la part des autorités autrichiennes.
Le préfet des Yvelines, représenté par Me Hafdi, a produit des pièces enregistrées le 17 septembre 2024.
Il doit être regardé comme soutenant que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la demande de M. A tendant à être assisté d'un avocat commis d'office et d'un interprète ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2,
L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 26 septembre 2024 en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;
- les observations de Me Raymond qui reprend essentiellement ses écritures sur la violation de la directive 604/2013 ;
- les déclarations de M. A
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, de nationalité turque né le 12 mars 1984 à Batman (Turquie), est entré irrégulièrement en France ; la consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé qu'il a franchi irrégulièrement la frontière autrichienne en venant d'un pays tiers. Il y a demandé l'asile le 4 août 2021 puis le 19 février 2024. Les autorités autrichiennes, saisies par le préfet des Yvelines le 23 juillet 2024 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé ont donné dès le lendemain leur accord pour la réadmission du requérant. Par arrêté du 13 août 2024, le préfet des Yvelines a décidé de remettre M. A aux autorités autrichiennes ; ce dernier doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi de 1991 susvisé : " Sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle les personnes physiques de nationalité française et les ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne. / Les personnes de nationalité étrangère résidant habituellement et régulièrement en France sont également admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle. /Toutefois, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre exceptionnel aux personnes ne remplissant pas les conditions fixées à l'alinéa précédent, lorsque leur situation apparaît particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès ".
3. M. A relevant de ces dispositions, il y a lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, chef du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté du 17 juin 2024, régulièrement publié le jour même et donc accessible à tous. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune dispositions législative ou réglementaire que l'administration ait l'obligation de mentionner l'arrêté initial de délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté dans toutes ses branches
5. En deuxième lieu, la décision attaquée indique clairement que la saisine des autorités autrichiennes s'est exercée dans le cadre de l'article 18-1 b) de la directive précitée n° 604/3013. Au demeurant, cette décision rappelle la situation administrative de M. A et ses différentes demandes d'asile en Autriche et en Suisse ainsi que le défaut de tout document transfrontalier. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune (), contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives () à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'entretien individuel qui s'est tenu 12 juillet 2024, les documents d'information A et B, intitulés respectivement " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " et " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", qui lui étaient nécessaires pour bénéficier d'une information complète sur l'application du règlement du 26 juin 2013, ont été remis à M. A en turc, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Ces éléments sont en outre corroborés par la circonstance que M. A a certifié sur l'honneur le même jour avoir reçu ces informations à la fin de son compte rendu, qu'il a signé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu d'écarter le moyen.
8. En quatrième lieu, M. A soutient qu'il craint de subir des traitements inhumains en Autriche.
9. Toutefois, l'Autriche est un membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit, dès lors, être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités italiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Autriche ne permettrait pas d'assurer un niveau de protection suffisant aux demandeurs d'asile et d'estimer qu'existent des défaillances du système de procédure d'asile et dans l'accueil des demandeurs d'asile en Autriche qui constitueraient des motifs sérieux et avérés de croire que sa demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Ainsi, la décision n'est nullement entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A.
11. Enfin, si M. A produit une décision des autorités autrichiennes indiquant qu'il serait sous la menace d'une expulsion dans cet Etat, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 4 septembre 2024. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Raymond et au préfet des Yvelines.
Lu en audience publique le 2 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. Gosselin Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 240789
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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