mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Laporte, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du 20 juin 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence, que cette condition est remplie dès lors qu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour et bénéficie ainsi d'une présomption d'urgence ; malgré plusieurs relances, elle n'a pas pu obtenir le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour expiré depuis le 19 mai 2024 ; sa rentrée universitaire est prévue le 25 septembre 2024 et elle est dans l'impossibilité de rechercher un contrat d'apprentissage faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France ;
Sur le doute sérieux, que la décision attaquée est entachée :
-de défaut de motivation ;
-de la violation de l'article 6.5 et 6.6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
-d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, la préfète de l'Essonne représentée par Me Termeau conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 16 septembre 2024 sous le numéro 2408017 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Cayla, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme Cayla a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Leblanc, représentant Mme A, qui soutient en outre qu'elle s'est bien présentée le 25 juin 2024 au guichet et qu'un refus verbal lui a été opposé pour le renouvellement de son récépissé, sans qu'un document écrit ne lui soit remis ; que si elle a été placée sous contrôle judiciaire, une ordonnance de non-lieu a été rendue ; que la condition d'urgence est bien remplie dès lors qu'elle doit trouver un contrat d'apprentissage avant 16 décembre 2024 pour valider sa troisième année de Bachelor.
Par une ordonnance du 1er octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 octobre 2024 à 11h.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne, entrée en France en 2011 a demandé le 15 janvier 2024 sur le site " demarches.simplifiees.fr " le renouvellement de son certificat de résidence algérien expirant le 14 février 2024.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet de l'Essonne :
1.Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois.".
2. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-2 du code de justice administrative dispose que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Et, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de renouvellement du certificat de résidence algérien de Mme A a été enregistrée le 20 février 2024, date à laquelle il lui a été délivré un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 19 mai 2024, non renouvelé. Une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour est donc née le 20 juin 2024 du silence gardé par la préfète de l'Essonne durant plus de quatre mois après l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Or, la préfète de l'Essonne n'établit ni même n'allègue que Mme A aurait été informée des conditions de naissance d'une éventuelle décision implicite et des voies et délais de recours ouverts contre une telle décision. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Essonne, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
5. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. Mme A, ressortissante algérienne, a déposé le 20 février 2024 une demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien expirant le 14 février 2024. Si la préfète de l'Essonne fait valoir en défense que la requérante ne justifie pas de l'interruption de sa scolarité en raison de l'irrégularité de son séjour, Mme A justifie cependant devoir rechercher un contrat d'apprentissage qui doit être signé avant le 16 décembre 2024 pour valider son Bachelor E-Business pour l'année 2024-2025. Si la préfète de l'Essonne soutient également que la requérante s'est placée elle-même dans une situation d'urgence en ne se rendant pas à la préfecture au rendez-vous du 25 juin 2024 et qu'elle n'a relancé l'administration que le 12 septembre 2024, ces allégations en défense contredites à l'audience par la requérante, ne sont pas étayées par les pièces du dossier et sont sans incidence sur le refus implicite opposé à sa demande de titre de séjour résultant du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois depuis le 20 février 2024. Dès lors, les éléments soutenus en défense par la préfète de l'Essonne ne sont pas de nature à remettre en cause la présomption d'urgence résultant de la demande de renouvellement de Mme A.
7. En l'état de l'instruction et compte tenu, notamment, des explications apportées à l'audience par Mme A, le moyen tiré de la violation de l'article 6.5 et 6.6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. La présente décision implique nécessairement que Mme A soit autorisée à séjourner sur le territoire français jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. Il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de munir Mme A d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée ci-dessus d'une astreinte
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Essonne en date du 20 juin 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3: L'Etat versera à Mme A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 8 octobre 2024.
La juge des référés,
signé
F. Cayla
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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