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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408092

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408092

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour pluriannuel de M. A, ressortissant afghan bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant disposait d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'en mars 2025, lui permettant de travailler et de séjourner régulièrement. Les autres difficultés invoquées (impossibilité de voyager ou d'obtenir un logement stable) n'ont pas été jugées comme créant une atteinte grave et immédiate à sa situation. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour pluriannuel, née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur cette demande depuis son dépôt en 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de séjour pluriannuelle valable quatre ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de sa demande de carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen, dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation ; il ne peut plus travailler et son employeur menace de le licencier compte tenu de son absence d'autorisation de travail ; il ne peut, en l'absence de titre de séjour, obtenir de duplicata de son permis de séjour autrichien qu'il s'est fait voler alors qu'il est chauffeur livreur ; il occupe un logement temporaire et ne peut obtenir de logement stable, notamment un logement social ; enfin, il ne peut solliciter de titre de voyage et ne peut quitter le territoire français et n'a pu se rendre en Iran depuis trois ans pour voir sa famille qui s'y trouve ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige tirés de ce que :

. elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-9 et L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 29 mars 2021 ;

. son dossier est complet, il a obtenu son acte de naissance auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et rien ne justifie donc légalement un délai de trois années pour lui délivrer son titre de séjour.

La préfète de l'Essonne a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 2 octobre 2024.

Vu la requête enregistrée le 17 juillet 2024 sous le n° 2406605 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, premier vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 3 octobre 2024 à 10 heures 00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de M. Féral, juge des référés ;

- les observations orales de Me Hug, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle précise notamment quant à la condition d'urgence, que si l'intéressé est en droit de travailler dès lors qu'une attestation de prolongation d'instruction valable du 26 septembre 2024 au 25 mars 2025 lui a été délivrée, il ne peut cependant voyager et voir sa femme et ne peut pénétrer dans le consulat d'Autriche avec une telle attestation afin de procéder à une demande de duplicata de son permis de conduire ; il ne peut pas davantage obtenir un logement stable.

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h16.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1993, a obtenu le 29 mars 2021 le bénéfice de la protection subsidiaire. Il a alors présenté une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " et s'est vu remettre un premier récépissé le 7 mai 2021, depuis régulièrement renouvelé. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour pluriannuel, née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur cette demande depuis son dépôt en 2021

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur les conclusions aux fins de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Si la préfète de l'Essonne justifie avoir délivré au requérant le 26 septembre 2024 une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 25 mars 2025, cette attestation est sans incidence sur la décision attaquée, qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et qui est née, en application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quatre mois après le dépôt de la demande de titre soit, en l'espèce, depuis plus de trois ans.

5. La décision attaquée, refusant à la délivrance de son titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, place M. A dans une situation de précarité administrative l'empêchant notamment de procéder à certaines démarches administratives auprès d'autorités étrangères et de présenter des demandes afin d'obtenir un logement social et ainsi ne plus être hébergé de manière précaire. Elle l''empêche également de pouvoir voyager hors de France afin de rendre visite aux membres de sa famille et, en particulier, son épouse. La circonstance que la préfète de l'Essonne lui ait délivré une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour est à cet égard sans incidence dès lors qu'elle mentionne expressément qu'elle n'autorise pas le franchissement des frontières de l'espace Schengen. Par ailleurs, une telle attestation, délivrée postérieurement à la naissance de la décision implicite litigeuse, ne saurait faire obstacle à ce que le juge des référés se prononce sur le droit au séjour de l'intéressée, la délivrance renouvelée d'attestations prolongeant l'instruction de sa demande pendant plus de trois ans ne pouvant s'y opposer sauf à maintenir le requérant dans une situation d'incertitude administrative et procédurale permanente. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie, alors que la préfète ne justifie d'aucune circonstance qui justifierait que depuis plus de trois ans la demande du requérant soit en cours d'instruction.

En ce qui concerne le doute sérieux

6. En l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 424-9 et L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la préfète de l'Essonne a implicitement rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer au requérant, à titre provisoire, une carte de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " visée par les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros qu'il versera à M. A, au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la préfète de l'Essonne a implicitement rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A, à titre provisoire, une carte de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " visée par les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Féral

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

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