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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408220

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408220

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408220
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension du règlement intérieur du conseil municipal de Wissous présentée par des conseillers municipaux d'opposition. Les requérants invoquaient l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de plusieurs articles, estimant qu'ils portaient atteinte à leurs droits d'élus (liberté d'expression, droit de vote, vie privée). Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, les requérants n'établissant pas un préjudice suffisamment grave et immédiat justifiant une suspension avant l'examen au fond. La demande a été rejetée sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. Philippe de Fruyt et autres demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du préambule et des articles 2, 3, 9, 13, 15, 16, 17 et 28 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Wissous adopté le 9 juillet 2024 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Wissous une somme de 1 500 euros à verser solidairement aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie en ce que le prochain conseil municipal est prévu début octobre ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige ; l'article 17 entrave le droit de vote des élus ainsi que leur liberté d'aller et de venir car il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'un président du conseil municipal puisse retirer définitivement la parole à un élu et encore moins le faire arrêter ; le préambule porte atteinte au droit à la vie privée des élus dès lors que la charte de l'élu local n'impose pas d'étaler sa vie privée ; l'article 3 entrave la liberté d'expression des élus car il ne prévoit pas de possibilité d'expression sur la page Facebook de la commune, le site de la ville, la radio municipale et les lettres du maire ; l'article 13 atteint l'exercice du droit de vote en ce qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne permet de limiter dans le temps le dépôt des délégations de vote ; l'article 15 entrave la liberté d'exercice du mandat d'élu local en ce qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit à un élu de filmer de sa place ; l'article 16 porte atteinte au principe de publicité des séances du conseil en ce qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne permet de contraindre quiconque sur ce qu'il filme ; il existe un intérêt public à permettre aux élus d'exercer leur mandat selon les droits qui leur sont reconnus par la loi et un intérêt personnel à pouvoir pleinement exercer leur mandat ; ces modifications interviennent à proximité de la fin du mandat dans un contexte pré-électoral et visent à brider les oppositions.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 septembre 2024 sous le n° 2407760 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La président du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. Philippe De Fruyt, conseiller municipal de la commune de Wissous, et autres, demandent au juge des référés, d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du préambule et des articles 2, 3, 9, 13, 15, 16, 17 et 28 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Wissous adopté le 9 juillet 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier l'existence d'une situation d'urgence, M. A et autres font valoir, d'une part, et de manière générale, que les dispositions du règlement intérieur contestées sont de nature à porter gravement atteinte à l'exercice de la démocratie locale, en particulier aux droits que les élus locaux détiennent des dispositions des articles L. 2121-29, L. 2121-27, L. 2121-27-1 et L. 2121-19 du code général des collectivités territoriales ainsi que l'intérêt public, tenant à l'information du public et à la transparence démocratique, qui commanderait un intérêt public de nature à permettre à ces élus d'exercer leur mandat conformément aux dispositions législatives et réglementaires ainsi qu'un intérêt personnel à pouvoir exercer leur mandat dans la plénitude de leurs droits. Toutefois, en se bornant à faire état de propos très généraux et peu circonstanciés sur les limitations portées à l'expression des élus municipaux instaurées par les dispositions litigieuses du règlement intérieur de la commune de Wissous, et à dénoncer un " contexte pré-électoral " de nature à " brider les oppositions ", les requérants n'apportent aucun élément concret de nature à justifier en quoi ces dispositions seraient de nature à préjudicier de manière grave et immédiate aux droits des élus municipaux, à l'exercice de leurs mandats, aux droits qui s'y attachent ou plus largement aux intérêts publics qu'ils entendent défendre.

5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 précité n'est pas remplie. Il y a lieu, par suite, de rejeter en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative la demande de suspension présentée par M. A et autres, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du règlement intérieur du conseil municipal de Wissous adopté le 9 juillet 2024.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. Philippe De Fruyt et autres et à la commune de Wissous.

Fait à Versailles, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

P. Fraisseix

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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