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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408257

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408257

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui demandait la suspension du refus du préfet de l'Essonne d'enregistrer sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, dès lors que M. A avait été convoqué par la préfecture pour se voir remettre un récépissé dans le cadre de l'enregistrement de sa demande, rendant ainsi la décision contestée sans effet immédiat. La requête a été rejetée, y compris les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024 et une pièce complémentaire enregistrée le 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Sainte Fare Carnot, demande au juge des référés du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 28 novembre 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision au fond ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou à défaut de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors que la décision en litige fait obstacle à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, présentée sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'année de ses dix-huit ans, ainsi que le prévoient ces dispositions, et lui fait courir le risque de se retrouver en situation irrégulière en France ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une méconnaissance de ces dispositions ainsi que de celles de l'article R. 431-12 du même code et de son annexe 10, d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences du refus litigieux sur sa situation personnelle.

Par deux mémoires, enregistrés le 7 octobre 2024, la préfète de l'Essonne, représentée par la Selarl Actis avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faisant valoir que l'urgence n'est pas établie.

Vu :

-la requête tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrée le 24 septembre 2024 sous le numéro 2408256.

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Ribeiro-Mengoli, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 octobre 2024, en présence de Mme Gilbert, greffière :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli, juge des référés ;

- les observations de Me Sainte Fare Carnot, avocate du requérant, qui précise que l'urgence est constituée dès lors que si M. A a reçu une convocation de la préfecture, il n'est pas certain que sa demande sera enregistrée, et reprend ses écritures pour le surplus,

- les observations de Me Briolin (Selarl Actis avocats) pour la préfète de l'Essonne, qui précise que la convocation délivrée à M. A a pour objet, ainsi qu'elle le mentionne, de lui remettre un récépissé dans le cadre de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, et reprend ses écritures pour le surplus.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en octobre 2005, est entré en France au cours de l'année 2021 et a été confié, alors qu'il était âgé de 15 ans, à l'aide sociale à l'enfance par une décision du parquet des mineurs du tribunal judiciaire Evry-Courcouronnes le 31 août 2021 dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire, confirmée par un jugement du 20 septembre 2021 du juge des enfants de ce même tribunal, ce jusqu'au 19 mars 2022. Par un jugement dudit tribunal du 15 décembre 2022 les droits de l'autorité parentale sur M. A ont été délégués au président du conseil départemental de l'Essonne. A sa majorité, il a conclu un contrat jeune majeur avec le département de l'Essonne du 29 octobre 2023 au 28 juin 2024, renouvelé en dernier du 29 juin 2024 au 28 octobre 2024, ainsi qu'un contrat d'apprentissage pour l'obtention d'un baccalauréat professionnel " maintenance systèmes production connectés " et était inscrit, à la date de la décision attaquée, en classe de terminale. Ayant entendu solliciter la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a déposé, via la procédure " démarches simplifiées ", son dossier, lequel a été accepté, et a été convoqué à un rendez-vous en préfecture le 28 novembre 2023 mais indique s'être vu opposer un refus d'enregistrement de sa demande au motif qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement par une décision du préfet de l'Yonne du 6 août 2021, alors qu'il était mineur et a été ultérieurement confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Il demande la suspension de l'exécution de la décision portant refus d'enregistrer sa demande.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il résulte de l'instruction que postérieurement à la décision contestée et à l'introduction de la requête visée ci-dessus, la préfète de l'Essonne a adressé à M. A, dans le cadre du dépôt de sa demande de titre de séjour en qualité de " jeune majeur pris en charge par l'ASE ", une convocation pour le 8 octobre 2024 à 14h afin que lui soit remis un récépissé. Dans ces conditions, la condition de l'urgence ne peut être regardée comme satisfaite à la date de la présente ordonnance.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la préfète de l'Essonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par la préfète de l'Essonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Sainte Fare Carnot, au ministre de l'intérieur et à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 9 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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