mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408259 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. et Mme A, représentés par la SELARL Coudray Urbanlaw, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la mise en demeure du maire de la commune de Saulx-Marchais de se mettre en vigueur avec les règles en vigueur en date du 15 juillet 2024 ainsi que celle de la décision tacite de rejet de leurs recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saulx-Marchais la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition de l'urgence est remplie en ce que la mise en demeure entraine un préjudice économique pour Mme A qui ne peut ni continuer son activité de chambres d'hôte, ni développer son activité agricole ; en outre, la mise en demeure les conduit à engager des frais pour des démarches qui ne sont légalement pas requises, soit 5 040 euros ; ils subissent par ailleurs un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige en ce que la mise en demeure n'est pas motivée en fait et en droit en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est par ailleurs entachée d'erreurs manifestes d'appréciation car la requérante exerce une activité de chambres d'hôte, car aucun changement de destination n'a été réalisé au sens de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme dès lors que l'activité de chambres d'hôte exercée dans la maison principale constitue l'accessoire de ce logement, car la domiciliation de l'entreprise individuelle ne constitue pas une activité ou une installation agricole interdite par le règlement de la zone UH enfin, car le portail donnant sur le chemin rural des sablons n'a pas vocation de desservir une habitation individuelle, qu'il existe depuis plusieurs décennies et a été remplacé en 2000 de sorte qu'aucune régularisation n'est nécessaire ; en dernier lieu, les décisions attaquées sont entachées de détournement de pouvoir.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2408232 par laquelle les requérants demandent l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. II.- Le délai imparti par la mise en demeure est fonction de la nature de l'infraction constatée et des moyens d'y remédier. Il peut être prolongé par l'autorité compétente, pour une durée qui ne peut excéder un an, pour tenir compte des difficultés que rencontre l'intéressé pour s'exécuter. III.- L'autorité compétente peut assortir la mise en demeure d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. L'astreinte peut également être prononcée, à tout moment, après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, le cas échéant prolongé, s'il n'y a pas été satisfait, après que l'intéressé a été invité à présenter ses observations. Son montant est modulé en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution. Le montant total des sommes résultant de l'astreinte ne peut excéder 25 000 €. ". Aux termes de l'article L. 481-2 du même code : " I. - L'astreinte prévue à l'article L. 481-1 court à compter de la date de la notification de l'arrêté la prononçant et jusqu'à ce qu'il ait été justifié de l'exécution des opérations nécessaires à la mise en conformité ou des formalités permettant la régularisation. Le recouvrement de l'astreinte est engagé par trimestre échu. / () ". Aux termes de l'article L. 481-3 du même code : " I. - Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque la mise en demeure prévue à l'article L. 481-1 est restée sans effet au terme du délai imparti, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut obliger l'intéressé à consigner entre les mains d'un comptable public une somme équivalant au montant des travaux à réaliser, laquelle sera restituée à l'intéressé au fur et à mesure de l'exécution des mesures prescrites. / () II. - L'opposition devant le juge administratif à l'état exécutoire pris en application d'une mesure de consignation ordonnée par l'autorité compétente n'a pas de caractère suspensif. ".
3. Eu égard à la gravité des conséquences qu'emporte une mise en demeure, prononcée en application de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, lorsqu'elle prescrit une mise en conformité qui implique nécessairement la démolition de constructions, la condition d'urgence est en principe satisfaite en cas de demande de suspension de son exécution présentée, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, par le propriétaire de l'immeuble qui en est l'objet. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où l'autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître, soit que l'exécution de la mesure de démolition n'affecterait pas gravement la situation du propriétaire, soit qu'un intérêt public s'attache à l'exécution rapide de cette mesure.
4. Si pour justifier la condition d'urgence à suspendre les décisions en litige, M. et Mme A invoquent le préjudice économique qu'ils subissent, celui-ci reste toutefois purement hypothétique à la date de la présente ordonnance dès lors qu'aucune pièce versée aux débats ne permet d'établir les retombées économiques de l'accueil de petits groupes dans le cadre de l'activité de " ferme pédagogique " projetée par la construction d'un bâtiment agricole, le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence allégués n'étant par ailleurs aucunement établi. En outre, aucun moyen invoqué n'étant de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, notamment eu égard à la réponse apportée par la direction départementale des territoires des Yvelines du 29 août 2024 dont le caractère suspect n'est pas davantage établi en l'espèce, les requérants ne pouvant ainsi utilement faire état de dépenses d'un montant de 5 040 euros TTC pour " des démarches qui ne sont légalement pas requises ".
5. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative ne sont pas réunies. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la présente requête, en toutes ses conclusions, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et au maire de la commune de Saulx-Marchais.
Fait à Versailles, le 25 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
P. Fraisseix
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 2
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