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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408320

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408320

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de Mme A B, qui demandait l'annulation d'un arrêté du ministre de l'intérieur du 25 juillet 2024. Cet arrêté, pris sur le fondement des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, lui imposait une interdiction de quitter la commune de Versailles et une obligation de présentation quotidienne au commissariat. Le tribunal a estimé que la mesure était justifiée par des raisons sérieuses de penser que le comportement de Mme B constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, en raison de la diffusion de messages faisant l'apologie d'actes de terrorisme. Il a également jugé que la mesure était adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité de prévention du terrorisme, et que l'état de santé de l'intéressée ne la rendait pas disproportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 25, 29 septembre 2024 et le 7 octobre 2024, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024, notifié le 26 juillet 2024, par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) lui faisant interdiction de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Versailles et obligation de se présenter une fois par jour, à 13 heures, au commissariat de police de Versailles ou, à titre subsidiaire, d'en prononcer l'annulation pour l'avenir.

Elle soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur d'appréciation et que la mesure est disproportionnée compte tenu de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête n'est pas fondée.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 octobre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme X, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Y, rapporteure publique,

- les observations du père de Mme B, entendu en application du 4° alinéa de l'article R. 732-1 du code de justice administrative, qui énonce notamment que l'officier de police Yann Baupain lui a envoyé un SMS le matin de l'audience selon lequel le rapport de police préconisant l'absence de poursuites sur le plan pénal serait envoyé au tribunal, et qui a montré ce SMS à la formation de jugement.

Une note en délibéré, présentée par la requérante, a été enregistrée le 8 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué, en date du 25 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, interdit à Mme A B de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Versailles, lui a fait obligation de se présenter quotidiennement à 13 heures, y compris les dimanches, jours fériés ou chômés, au commissariat de police de Versailles, de confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès de ce commissariat et, en cas de changement de son lieu d'habitation, de déclarer et justifier sa nouvelle adresse.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. " Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de :/ 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. () ".

3. Lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit. Il résulte de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure cité au point 2 du présent jugement que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

4. L'arrêté attaqué est fondé, d'une part, sur la diffusion par la requérante, sur les réseaux sociaux, de nombreux messages tels que : " moi aussi bosser ça me saoule, viens on commet un attentat pour le fun ", " regarde, j'ai pas une tête à faire le djihad, personne ne va me soupçonner () une blanche qui s'explose, personne ne va s'en douter ", ou encore : " je m'en fiche, je veux mourir pour le prophète ", ainsi que sur sa prise de position dans le cadre du conflit israélo-palestinien, déclarant notamment : " non, ils ont raison les terroristes. Il faut tuer les kafir partout où ils sont et les Israéliens ont volé la terre aux Palestiniens, il faut venger le prophète ". D'autre part, l'arrêté mentionne que la requérante consulte régulièrement la propagande diffusée par diverses organisations terroristes et qu'une visite domiciliaire, effectuée le 22 juillet 2024, a permis de découvrir des vidéos de décapitation ainsi que de propagande de Daech.

5. En premier lieu, pour soutenir que la mesure qui a été prise à son encontre est disproportionnée, Mme B, qui ne nie pas la réalité de ces faits, soutient qu'ils trouvent leur origine dans son état de santé, notamment dans un traitement médicamenteux qui l'aurait conduit à tenir les propos litigieux sans en être consciente et à un trouble autistique provoquant chez elle un intérêt scientifique sur un sujet donné, son intérêt se portant désormais sur l'histoire du moyen âge. Elle soutient, en outre, qu'un rapport de police établi le 16 septembre 2024 préconiserait l'absence de poursuites sur le plan pénal à son encontre. Toutefois, et d'une part, elle ne produit pas le rapport de police dont elle se prévaut. D'autre part, le certificat médical qu'elle verse aux débats, qui atteste de ce qu'elle souffre de " difficultés d'interaction sociale, d'une anxiété dans les espaces publics " et de ce que " le fait de sortir à l'extérieur de son domicile est particulièrement anxiogène " n'est pas de nature à établir les troubles qui expliqueraient les faits qui lui sont reprochés et qui justifient la décision attaquée. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur d'appréciation.

6. En second lieu, si Mme B soutient que le pointage quotidien au commissariat serait disproportionné en ce qu'il pèse très lourdement sur sa santé mentale, le certificat médical mentionné au point 5, ne suffit pas à établir que cette mesure serait incompatible avec son état de santé. Au reste, il ressort enfin des pièces du dossier que cette obligation a fait l'objet d'aménagements au cours de la période du 2 au 30 septembre 2024 pour permettre à Mme B de vivre chez ses parents et d'être entourée dans l'exécution de cette mesure, et qu'elle a également pu bénéficier d'un sauf-conduit pour se rendre à ses rendez-vous médicaux.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 25 juillet 2024. Ses conclusions tendant à l'annulation totale et partielle de cet arrêté ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient

Mme X, présidente- rapporteure,

Mme V, première conseillère,

M. W, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

XL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau

signé

V

La greffière,

signé

Z

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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