mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408413 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, Mme B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision de la préfète de l'Essonne lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir dans l'attente du jugement au fond ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige a des effets équivalents au retrait de la décision lui accordant le regroupement familial ; en outre la circonstance qu'elle ne bénéficie que de récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier est expiré fait obstacle à ce qu'elle puisse trouver un emploi pérenne ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L 423-14 et R 434-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son conjoint est titulaire d'une carte de résident, qu'elle a bien sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire et qu'elle a justifié du certificat de contrôle médical ;
La requête a été transmise à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit d'observation.
Vu :
- La requête au fond enregistrée sous le n° 2408411 par laquelle Mme B A demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Ouardes, vice-président, pour statuer en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2024 à 14h, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Ouardes a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Mme B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de la préfète de l'Essonne lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ".
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
4. En l'espèce, la requérante qui a déposé sa demande le 5 juillet 2021 et depuis fait l'objet de plusieurs récépissés de demande dont le dernier a expiré le 17 octobre 2024, fait valoir que la décision en litige a des effets équivalents au retrait de la décision lui accordant le regroupement familial et que la circonstance qu'elle ne bénéficie que de récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier est expiré fait obstacle à ce qu'elle puisse trouver un emploi pérenne. Dans les circonstances de l'espèce, et en l'absence de toute pièce ou observation produite par la préfète de l'Essonne, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
Sur le doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III, entré en France régulièrement et dont le conjoint est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.".
6. En l'espèce il est soutenu sans être contesté que Mme B A remplit les conditions de l'article L 423-14 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son conjoint est titulaire d'une carte de résident, qu'elle a bien sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire et qu'elle a justifié du certificat de contrôle médical prévu par les dispositions de l'article R 434-36 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par la préfète, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunis, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision en litige.
8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de l'Essonne réexamine sa situation dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu, en l'état, d'assortir ces injonctions d'une mesure d'astreinte.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros à verser à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision de la préfète de l'Essonne refusant à Mme B A la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de Mme B A dans un délai d'un mois.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 22 octobre 2024.
Le juge des référés, La greffière,
signésigné
P. Ouardes S Paulin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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