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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408661

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408661

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, ressortissant guinéen. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, le refus ayant fait basculer le requérant en situation irrégulière, et qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie. Il a enjoint à la préfète de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 07 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Sainte Fare Garnot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision de refus de délivrance de titre de séjour prise par la préfète de l'Essonne le 14 mars 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette décision, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que Me Sainte Fare Garnot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, et dire qu'en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle le préfet de l'Essonne sera condamné à lui verser directement la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du CJA.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que, le refus de délivrance d'un titre de séjour l'a fait basculer en situation irrégulière sur le territoire français ;

- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

o elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la préfète n'a pas saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique qu'il serait célibataire et sans enfant alors qu'il est en couple avec une ressortissante italienne et père d'un enfant ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

o elle entachée d'une inexacte application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de droit au regard de ces dispositions ;

o elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lellouch, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Lellouch, juge des référés ;

- les observations de Me Sainte Fare Garnot, représentant M. A, requérant, et celles de M. A, lui-même.

La clôture de l'instruction a été différée le 23 octobre 2024 à 16 heures.

Des pièces, présentées pour M. A, ont été enregistrées le 23 octobre 2024 à 15h52 et communiquées à la préfète de l'Essonne.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ressortissant guinéen né le 25 décembre 2003 et entré en France le 13 juin 2019 à l'âge de 15 ans, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Essonne d'abord en tant de mineur non accompagné puis en qualité de jeune majeur. Le 3 janvier 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office. M. A demande au juge des référés la suspension de cet arrêté en tant qu'il porte refus de délivrance de son titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

5.En l'état de l'instruction, et compte tenu notamment de l'absence d'élément justifiant du suivi d'une formation ou d'un projet professionnel construit à la date de la décision attaquée, aucun des moyens invoqués ne paraît propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 15 avril 2024 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que la demande présentée au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

O R D O N N E :

Article 1er :M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :La requête de M. A est rejetée.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 29 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

J. Lellouch La greffière,

signé

N. Gilbert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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