jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408780 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Camus, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident ou, à défaut, de réexaminer sa situation administration et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction, assorties du droit au travail durant ce réexamen, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; elle est la conjointe d'un ressortissant français et a été titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable du 3 mars 2023 au 2 mars 2024 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors :
* qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, et des articles L. 433-1, L. 433-4 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Doré, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Doré a lu son rapport et entendu les observations de Me Camus, représentant la requérante, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse C, ressortissante marocaine née le 30 juin 1977, était titulaire, en qualité de conjointe de ressortissant français, d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 2 mars 2024. Elle en a sollicité le renouvellement le 6 janvier 2024. Par la présente requête, Mme B épouse C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur cette demande pendant plus de 4 mois.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du titre de séjour et de la preuve de dépôt produite par la requérante, qu'elle a sollicité, le 6 janvier 2024, le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont elle était titulaire et dont la validité expirait le 2 mars 2024. Dans ces conditions, il y a lieu de regarder la condition d'urgence comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraissent propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en cause.
6. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de l'Essonne refusant à Mme B épouse C le renouvellement de son titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
8. La présente décision implique nécessairement que Mme B épouse C soit temporairement autorisée à séjourner sur le territoire français et que sa demande de titre de séjour soit réexaminée. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de 15 jours et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de Mme B épouse C de renouvellement de son titre de séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de Mme B épouse C dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B épouse C une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et au préfet de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. DORÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
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