mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408873 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, la société Speedfit, représentée par Me Farrugia, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024-SDJES-91-038 du 26 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a prononcé la fermeture d'un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives situé 93 rue de Concy à Yerres ;
2°) de mettre à la charge de la commune de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en ce que la fermeture entraine une importante perte de chiffre d'affaires ; depuis la fermeture, elle a reçu plusieurs demandes de résiliation d'abonnements ; lors de la réouverture elle va devoir faire des gestes commerciaux envers les clients ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige ; en premier lieu, la procédure contradictoire n'a pas été respectée en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter des observations et qu'elle n'a pas été destinataire de documents mentionnés dans l'arrêté en litige ; aucune urgence ne dispensait l'administration d'adresser une mise en demeure préalable ; en second lieu, la mesure attaquée est disproportionnée alors que la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code du sport n'a duré que quelques heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2408872 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code du sport ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La président du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société Speedfit qui exploite sous l'enseigne " My Big Bang " un centre de remise en forme à l'aide de technologies d'électro-myostimulation ou d'électro d'électro-stimulation musculaire situé 93 rue de Concy à Yerres, demande au juge des référés, d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024-SDJES-91-038 du 26 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a prononcé la fermeture de cet établissement.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 212-2 du même code prévoit : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. () ". Aux termes de l'article L. 212-13 du code du sport : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1. / () Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois. () ".
5. En application des dispositions précitées de l'article L. 212-13 du code du sport, le préfet peut, en cas d'urgence et sans consultation de la commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées, prononcer une interdiction temporaire d'exercer des fonctions d'éducateur sportif, en se fondant sur des éléments suffisamment précis et vraisemblables, permettant de suspecter que le maintien en activité de l'éducateur constitue un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants. En vertu des dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles, les décisions individuelles devant être motivées n'ont pas à être soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable.
6. En l'espèce, la société requérante emploie depuis le 18 novembre 2019, Mme B A et a recours à différents coachs sportifs. D'une part, le 16 février 2024, à la suite d'une visite des services départementaux à la jeunesse, à l'engagement et aux sports, l'établissement " My Big Bang " a fait l'objet d'une fermeture administrative jusqu'à la mise en conformité des manquements. Il a notamment été constaté que Mme A n'était pas en mesure de justifier de sa qualification par un document officiel alors qu'elle encadrait des séances d'électro-myostimulation. La fermeture de l'établissement a toutefois été levée par arrêté du 19 mars 2024, Mme A n'exerçant alors plus les fonctions de coach sportif. Le 17 septembre 2024, Mme A a décidé de pallier l'absence d'un entraineur sportif et a pris en charge les séances de la matinée alors même qu'elle n'assurait depuis la réouverture de l'établissement que l'accueil, la gestion administrative et l'entretien du studio. En se bornant à soutenir que Mme A a agi de son propre chef et dans la panique, et que la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code du sport n'a duré que quelques heures, la société requérante ne conteste pas utilement le manquement constaté, lequel avait déjà conduit à la fermeture le 16 février 2024. Compte tenu de ces éléments, la préfète de l'Essonne justifie d'une situation d'urgence permettant de se dispenser d'une procédure contradictoire préalable. D'autre part, eu égard à la répétition du manquement déjà constaté en février 2024, le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure querellée n'est pas de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la mesure de fermeture de l'établissement en litige.
7. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués susvisés soulevés n'apparaît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, laquelle était au demeurant justifiée en terme d'urgence. L'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'étant pas remplie, les conclusions tendant à la suspension de cette décision ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, par suite, de rejeter en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative la demande de suspension présentée par la société Speedfit.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Speedfit est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Speedfit et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 15 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
P. Fraisseix
La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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