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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408875

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408875

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles rejette la requête de M. C, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du 14 octobre 2024 refusant son admission au séjour au titre de l'asile et maintenant son placement en rétention administrative. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation, et de méconnaissance du droit d'être entendu, en se fondant sur les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il juge que l'arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait, et que le requérant n'a pas été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, M. E C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et a maintenu son placement en rétention administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le principe du contradictoire posé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il réside chez son amie, à Paris ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 30 octobre 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Caron, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 31 octobre 2024, en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Caron ;

- les observations de Me Secci, avocate désignée d'office, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient en outre que le père de M. C vit en France, et que sa petite amie peut l'héberger ; elle ajoute que l'intéressé est en France depuis 2005, et qu'il n'a aucun lien avec le Mali qu'il a fui en raison de conflits familiaux ;

- les observations de M. C ;

- les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val de Marne, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré en France en 2004 selon ses déclarations, M. E C, ressortissant malien né le 1er décembre 1992, a été placé en rétention administrative à la suite d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Par un arrêté du 14 octobre 2024 dont il demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et a maintenu son placement en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/02023 du 26 juin 2024, publié dans le recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne n° 112 du 27 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. A D pour signer, notamment, les arrêtés prévus par les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

4. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est, par suite, suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les éléments sur la base desquels la préfète estime que la demande d'asile présentée par l'intéressé vise à faire obstacle à son éloignement. Par conséquent, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dispose : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. En l'espèce, M. C soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision de maintien en rétention administrative et que la préfète du Val-de-Marne n'a ainsi pas pu prendre connaissance de sa situation et de ses craintes en cas de retour au Mali. Toutefois, le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision de maintien en rétention administrative prise à la suite du dépôt d'une demande d'asile en rétention. En tout état de cause, le requérant ne justifie pas d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration depuis son placement en rétention, ou la manifestation de sa volonté de déposer une demande d'asile, et avant que ne soit prise la décision en litige de maintien en rétention, qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celle-ci. Il y a lieu de préciser que la décision de maintien en rétention n'a pas pour objet d'analyser les risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine mais doit être fondée sur des critères objectifs de nature à établir que la demande d'asile présentée en rétention l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, M. C qui allègue, sans l'établir, résider chez une amie à Paris n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché son arrêté d'une erreur de fait en indiquant qu'il ne peut justifier d'un lieu de résidence stable.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

10. En l'espèce, pour estimer que la demande d'asile présenté par M. C postérieurement à son placement en rétention administrative n'a été présentée qu'en vue de faire échec à la mesure d'éloignement dont l'intéressé a fait l'objet, la préfète du Val-de-Marne a relevé tout d'abord qu'il n'avait effectué aucune démarche en matière d'asile depuis son entrée sur le territoire français qu'il date à l'année 2004. Elle retient également qu'il n'a pas justifié, au cours de son audition, subir de menace grave en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il n'a effectué aucune démarche tendant à solliciter l'asile au cours de sa détention. Elle rappelle enfin que le requérant ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes, à défaut de possession d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, d'un lieu de résidence stable et de ressources financières suffisantes en vue d'organiser lui-même son voyage de retour. Par suite, M. C, qui ne conteste pas sérieusement ces éléments en se bornant à soutenir qu'il éprouve des craintes personnelles, réelles et actuelles dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence en France de son père, il ne l'établit pas. Il ne justifie pas davantage d'une vie commune avec Mme B, qui indique être sa compagne depuis deux ans et être prête à l'héberger. Au regard de ces éléments, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et a maintenu son placement en rétention administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète du Val-de-Marne.

Lu en audience publique le 31 octobre 2024.

La magistrate désignée,

signé

V. CaronLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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