jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2408966 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 30 octobre 2024, Mme D A C, épouse B, représenté par Me Diani, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la délibération du 12 juillet 2024 fixant la liste des candidats admis au diplôme d'Etat d'infirmier en tant qu'elle l'a ajournée, ensemble la décision du 5 septembre 2024 par laquelle la cheffe de service des professions paramédicales de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarité (DRIEETS) d'Ile-de-France a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire lui permettant d'exercer le métier d'infirmière ou, à titre subsidiaire, de réexaminer son droit à l'obtention du diplôme d'Etat d'infirmier ou de l'autoriser à tripler la troisième année de la formation d'élève infirmier afin qu'elle puisse effectuer un nouveau stage en vue de l'attribution du diplôme d'Etat infirmier ;
3°) de mettre à la charge de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; elle est sans revenus et a reçu un avis de sommes à payer de 9 000 euros en remboursement de l'allocation d'études qu'elle avait obtenue au cours de sa troisième année de scolarité ; elle n'est pas éligible à l'obtention d'allocations chômage ;
- s'agissant de l'existence d'un doute quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée :
* La délibération est entachée d'un vice de procédure tiré de la composition irrégulière du jury régional ;
* La décision de rejet de son recours gracieux est entachée d'incompétence ;
* Les décisions sont entachées d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'arrêté du 31 juillet 2009 relatives à l'obtention du diplôme d'État d'infirmier ; à l'issue de la 3ème année, au 31 août 2023, elle avait validé l'intégralité des unités d'enseignement à l'exception de l'unité d'enseignement 4.4 au cours du 5ème semestre ; elle totalisait alors 178 crédits sur les 180 requis ; la commission d'attribution des crédits lui a imposé de redoubler afin de parvenir à valider l'épreuve de l'unité d'enseignement 4.4. et, en parallèle, lui a imposé d'effectuer un stage complémentaire afin de lui faire pratiquer des soins et de ne pas la laisser sans rien faire dans l'attente de l'obtention de l'unité d'enseignement 4.4. ; la réalisation de ce stage complémentaire n'était nullement nécessaire pour la validation des 10 compétences en stage, pour l'obtention des crédits de stage ou encore pour l'obtention de son diplôme ; ce stage complémentaire avait uniquement vocation à lui permettre de continuer à pratiquer les soins et à s'exercer, dans l'attente de l'obtention des deux crédits manquants ; les résultats de ce stage supplémentaire ne pouvaient lui être opposés pour refuser de lui attribuer le diplôme ;
* Elles sont entachées d'une erreur d'appréciation de ses aptitudes professionnelles ; la seule prise en compte des prétendues erreurs commises au cours du dernier stage complémentaire pour refuser de la diplômer caractérise une erreur d'appréciation alors que six stages ont démontré qu'elle dispose des aptitudes nécessaires pour exercer le métier d'infirmière ; en outre, le bilan de ce dernier stage est mensonger.
La requête a été communiquée à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2408965 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 octobre 2024 à 10h30, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu les observations Me Diani, représentant Mme C, présente, qui a repris les conclusions et moyens développés dans ses écritures.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré a été présentée pour Mme C, enregistrée le 31 octobre 2024, non communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la délibération du 12 juillet 2024 fixant la liste des candidats admis au diplôme d'Etat d'infirmier en tant qu'elle l'a ajournée, ensemble la décision du 5 septembre 2024 par laquelle la cheffe de service des professions paramédicales de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarité (DRIEETS) d'Ile-de-France a rejeté son recours gracieux.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour établir l'urgence, Mme C fait valoir, d'une part, qu'à la suite de son ajournement, elle est privée de ressources, qu'elle n'est pas éligible à l'obtention d'allocations chômage, qu'elle avait conclu avec le centre hospitalier Sud Francilien un contrat d'allocations d'études en vertu duquel elle a perçu une somme totale de 9 000 euros dont le remboursement lui est demandé et qu'elle fait face à de lourdes charges. Toutefois, il est constant que la requérante, étudiante depuis 4 ans, ne percevait aucun revenu pendant son année de redoublement en 2023-2024 et qu'elle avait conclu un contrat d'allocation d'étude pour l'année 2022-2023 aux termes duquel elle s'était engagée à rembourser les sommes versées en cas d'échec à l'obtention du diplôme. En outre, si la requérante produit divers documents concernant les charges de son foyer, les documents produits, notamment ceux concernant deux prêts immobiliers, sont établis au nom de son époux dont les revenus ne sont pas précisés par Mme C. Ce faisant, la requérante ne met pas le juge des référés à même d'apprécier globalement et objectivement les éventuels effets de la décision sur sa situation financière. Au surplus, la requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait contesté le titre de recette dont l'exécution serait alors suspendue en application des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
5. D'autre part, Mme C fait valoir que la non-obtention du diplôme lui interdit d'exercer un métier pour lequel elle suit une formation depuis quatre ans. Cependant dans son courrier du 5 septembre 2024 rejetant le recours gracieux de la requérante, la cheffe du service des professions paramédicales indique à Mme C les éléments suivants : " vous êtes, en juillet 2024, à votre troisième présentation aux éléments constitutifs du semestre 6 (sur 4 autorisés par les textes réglementaires). Le prochain jury régional est donc votre dernière chance d'obtenir le diplôme d'Etat infirmier. Je vous invite à persévérer dans votre projet professionnel afin d'être diplômée au jury de décembre 2024 et ainsi concrétiser vos projets professionnels ", ce qui induit que la décision d'ajournement contestée ne met pas un terme définitif au parcours de la requérante en vue de l'obtention du diplôme d'état d'infirmier. Enfin, si la requérante fait valoir que le refus de diplomation dont elle fait l'objet porte gravement atteinte à la possibilité pour elle de s'insérer professionnellement et de percevoir des revenus à court terme, elle n'apporte aucun élément s'agissant de son parcours professionnel antérieur à son entrée en formation en 2020 et sur l'impossibilité qu'elle allègue de ne pouvoir exercer une activité professionnelle. Dans ces conditions, la condition d'urgence ne peut être considérée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige, que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, épouse B et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France.
Fait à Versailles, le 31 octobre 2024.
La juge des référés,
signé
Jeanne Sauvageot
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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