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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409294

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409294

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. E A alias B, ressortissant roumain, qui contestait un arrêté du préfet de police de Paris du 19 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de circulation de deux ans. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et une erreur manifeste d'appréciation liée à son état de santé. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2416774 du 19 août 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé la requête de E A alias B au tribunal administratif de Nantes.

Par une ordonnance n° 2413578 du 25 octobre 2024, le président du tribunal administratif de Nantes a renvoyé la requête de M. E A alias B au tribunal administratif de Versailles.

Par cette requête, enregistrée le 19 juin 2024 au tribunal administratif de Paris et complétée par des pièces et des mémoires enregistrés les 4 juillet, 7 septembre et 28 octobre 2024 M. E A alias B, représenté par Me Galindo-Soto, doit être regardé comme demandant, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

- de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

- d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a désigné le pays d'éloignement, a refusé un délai à son départ et a pris une interdiction de circulation sur le territoire français de deux ans

- d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours à compter de la notification du présent jugement, de lui fournir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux jours le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1. 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

elle est entachée d'incompétence ;

elle est insuffisamment motivée ;

elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'illégalité des conditions de son interpellation par les forces de l'ordre, contraires aux dispositions de l'article 470 du code pénal ;

s'agissant de la décision portant refus de délai au départ volontaire :

elle est entachée d'incompétence ;

elle est insuffisamment motivée ;

elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison de sa pathologie ;

s'agissant de la décision portant décision fixant le pays de destination :

elle est entachée d'incompétence ;

elle est insuffisamment motivée ;

elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

elle est entachée d'incompétence,

elle est insuffisamment motivée ;

elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison de sa pathologie et de la durée de son séjour en France.

Par un mémoire enregistré le 27 novembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné, a été entendu, au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier.

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A alias B, ressortissant roumain né le 17 juin 1979 à Galati ou à Bucarest (Roumanie), serait entré en France pour la dernière fois, selon ses déclarations il y a huit mois. Il a été interpelé à la suite d'un vol à la tire dans le bus à Paris le 18 juin 2024 puis placé en détention au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis. Par un arrêté du 19 juin 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A alias B demande l'annulation de cet arrêté par la présente instance.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi de 1991 susvisé : " L'aide juridictionnelle est accordée sans condition de résidenceaux personnes faisant l'objet de l'une des procédures prévues aux articles L. 251-1 à L. 251-8, L. 342-5 à L. 342-15, L. 432-15, L. 572-4, L. 572-7, L. 611-1 à L. 612-12, L. 614-1 à L. 614-4, L. 632-1, L. 632-2 et L. 743-3 à L. 743-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".

3. M. A alias B relevant de ces dispositions, il y a lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 7504323192 du 23 août 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles précisent notamment l'état civil du requérant et sa situation administrative. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

6. En troisième lieu, les décisions rappellent l'état civil du requérant, sa situation administrative, familiale et professionnelle. L'exactitude de ces informations n'est pas contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de l'intéressé manque en fait et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " - 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A soutient que les décisions attaquées méconnaitraient les stipulations précitées. Il fait valoir qu'il est en France depuis 8 mois et y est arrivé la première fois en 1995. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est connu des forces de l'ordre pour vols à la tire à Carpentras en 2012, à Carcassonne en 2019, à Languidic en 2020 et à Antony en 2024 en plus de la suspicion de vol dans le bus du 18 juin 2024 rappelé au point 1 de la présente décision. Au surplus, il a déclaré lors de son interpellation qu'il ne travaillait pas. Par suite, les décisions attaquées constituent une mesure nécessaire à la sûreté publique et à la prévention des infractions pénales. Dès lors, le comportement de M. A représentant une menace pour l'ordre public, ces décisions n'ont pas méconnu les stipulations précitées.

Sur la légalité de la décision portant refus de départ volontaire :

9. M. A soutient également que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle méconnaitrait son état de santé. Il précise en effet qu'il souffre d'une pathologie neurodégénérative et un état d'anxiété.

10. Toutefois, il ne produit aucun document établissant cette pluri pathologie ni un traitement qu'il suivrait. Il ne soutient ni n'allègue qu'i aurait demandé un titre de séjour au titre de son état de santé. Il ne fournit aucune pièce établissant un suivi quelconque médical ou un traitement médicamenteux. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Enfin, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 470 du code pénal ni d'un éventuel vice de procédure portant sur ses conditions d'interpellation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Le requérant se prévaut des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour estimer que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit. Il précise que son pays d'origine ne peut lui offrir les soins nécessaires au traitement de sa pathologie.

13. Toutefois, pour les motifs rappelés au point 10 et alors que le requérant ne fournit pas davantage d'éléments sur les défaillances supposées du système de santé roumain, le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction circulation sur le territoire français :

14. M. A exposant les mêmes motifs qu'à l'égard de la décision portant refus de départ volontaire, il y a lieu d'écarter ce moyen pour les motifs rappelés au point 9 ci-dessus.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent toutes être rejetées.

Sur les autres conclusions :

16. Compte tenu de ce qui précède, il convient de rejeter également les conclusions en injonctions et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A alias B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, alias B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné

signé

C. Gosselin Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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