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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409344

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409344

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet née du silence de la préfète de l'Essonne sur la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant ne justifiant pas de circonstances particulières rendant nécessaire une intervention à très bref délai. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Leblanc, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de carte de séjour et de délivrance de carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de résident ou une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou à tout le moins un récépissé avec autorisation de travail et autorisant à voyager, dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir jusqu'au jugement sur le fond ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir jusqu'au jugement sur le fond ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est réputée satisfaite, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; son employeur est contraint de suspendre son contrat de travail ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige : en premier lieu, la décision attaquée est insuffisamment motivée ; en deuxième lieu, il est porté atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mais également des articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-6 , L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en troisième lieu, il doit se voir délivrer un récépissé ; en quatrième lieu, cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au non-lieu à statuer, dès lors qu'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction a été délivrée le 16 novembre 2024 au requérant, qui est valable jusqu'au 15 février 2025 ; elle fait valoir que la demande est toujours en cours de traitement et que la dernière pièce en vue de compléter le dossier a été déposée le 19 juillet 2024, de sorte qu'aucune décision implicite de rejet n'est encore née.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 19 novembre 2024 en présence de

Mme Paulin, greffière, Mme Marc a lu son rapport et entendu les observations de Me Leblanc, représentant M. B, qui écarte l'exception de non-lieu, soutient qu'une décision implicite de rejet est née au jour de l'audience et qui persiste en ses conclusions et moyens, la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 heures 43.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 5 mai 1991, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 14 avril 2022 au 13 avril 2024. Il a déposé sa demande de renouvellement de ce titre de séjour le 14 mars 2024, et a été muni d'une attestation de prolongation de sa demande, valable jusqu'au 25 septembre 2024. Il demande en conséquence au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de carte de séjour et de délivrance de carte de résident.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Dès lors que la préfète de l'Essonne ne soutient ni même n'allègue que le titre de séjour du requérant serait en cours de fabrication, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. En outre, aux termes de l'article R. 432-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ". Et aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. () ".

6. Si la condition d'urgence est présumée remplie en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, il résulte toutefois de l'instruction que M. B n'a demandé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, qui expirait le 13 avril 2024, que le 14 mars 2024, soit tardivement au regard des délais prévus par les dispositions précitées, de sorte que, non seulement, il ne saurait se prévaloir d'une présomption d'urgence mais encore il s'est placé lui-même dans la situation d'urgence dont il se prévaut. Au demeurant, ainsi que le fait valoir la préfète de l'Essonne, postérieurement à l'introduction de la requête, M. B a été mis en possession, sur son compte ANEF, d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande le 16 novembre 2024, valable jusqu'au 15 février 2025, ce qui ressort des mentions claires et précises de l'extrait du fichier AGDREF versé en défense, de nature à attester de la régularité de son séjour sur le territoire français pour la période en cause. Ainsi, en l'état de l'instruction, M. B n'établit pas que les effets de la décision qu'il conteste porteraient une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.

7. Par suite, l'une des conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions présentées par M. B sur ce fondement doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressé à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 26 novembre 2024.

La juge des référés,

signé

E. Marc

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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