mardi 6 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2409500 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, M. D E B, représenté par Me Pawlotsky, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mai 2024 par laquelle le préfet des Yvelines lui a refusé le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et pour leurs deux enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui accorder l'autorisation de regroupement familial demandée ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le maire de sa commune de résidence n'a pas été saisi pour avis ;
- ses ressources sont suffisantes ;
- le préfet disposait du pouvoir de prendre en compte l'évolution favorable de ses revenus postérieurement à la période de référence ; ne l'ayant pas fait il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 27 mars 2025, qui n'a pas été communiqué, le préfet des Yvelines précise qu'il n'est pas en mesure de justifier de la saisine du maire de la commune de résidence du requérant.
Par décision du 20 janvier 2025, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25%.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Kaczynski, premier conseiller,
- et les observations de Me Pawlotsky, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E B, ressortissant nigérian, né le 15 août 1983, titulaire d'une carte de résident expirant le 13 septembre 2027, a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme A, née le 18 avril 1996 ainsi que leurs enfants, F C, né le 23 septembre 2019 et Osinachi Ellie, née le 5 avril 2022. Le préfet des Yvelines, par une décision du 17 mai 2024, dont le requérant demande l'annulation, a rejeté sa demande au motif que les ressources du requérant étaient insuffisantes.
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. () ". Il résulte de ces dispositions que le caractère stable et suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Cependant, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant nigérian a été admis au statut de réfugié. Pour rejeter sa demande de regroupement familial, le préfet des Yvelines a estimé que ses revenus étaient inférieurs au seuil légal qui, pour la période considérée s'élevait, selon la décision attaquée à 1 809, 56 euros mensuels, soit un revenu annuel brut de 21 714 euros. M. B produit à l'instance les bulletins de paie correspondant à la période de référence allant d'octobre 2022 à septembre 2023, ainsi que les justificatifs afférents à la prime d'activité perçue durant cette période, qui doit être comprise dans le calcul des revenus du demandeur du regroupement familial. Ces revenus, ainsi justifiés, sont supérieurs au seuil déterminé par l'administration. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision du 17 mai 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé à M. B le bénéfice du regroupement familial.
4. La présente décision implique seulement qu'il soit donné injonction au préfet des Yvelines de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 mai 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé le bénéfice du regroupement familial à M B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 15 avril 2025, à laquelle siégeaient :
M. Doré, président,
M. Kaczynski, premier conseiller,
Mme Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2025.
Le rapporteur,
Signé
D. Kaczynski
Le Président,
Signé
F. DoréLa greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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