Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2024 et 29 mai 2025, la SCI Kadi, représentée par Me Vino, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Viry-Châtillon a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réhabilitation d’un immeuble d’habitation et de deux commerces, sur la parcelle cadastrée AL 406 située au 56 avenue Gabriel Jaillard sur le territoire de la commune ;
2°) d’enjoindre au maire de la commune de Viry-Châtillon de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Viry-Châtillon la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le dossier de permis de construire ne comporte pas de divergences ni d’ambigüités ;
- le projet ne méconnaît pas l’article UH 2.1.4 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU), dès lors que le projet ne prévoit pas d’augmentation d’emprise au sol ;
- le projet ne méconnaît pas l’article UH 2.2 du règlement du PLU, dès lors qu’il respecte la palette des couleurs autorisées ;
- le projet ne méconnaît pas l’article UH 2.4 du règlement du PLU, dès lors qu’aucune nouvelle place de stationnement n’est nécessaire ;
- le projet ne méconnaît pas l’article UH 3.2.2.2 du règlement du PLU, dès lors qu’aucun rejet à l’égout des eaux pluviales n’est prévu ;
- le projet ne méconnaît pas les articles B.-I.2 et B.-A.2 de la zone bleue du règlement du plan de prévention des risques naturels d’inondation (PPRI), dès lors qu’aucune mesure de compensation en matière d’équilibre déblais/remblais n’est nécessaire ;
- le projet ne méconnaît pas l’article B.-I.6 de la zone bleue du règlement du PPRI, dès lors que le projet est parfaitement clair sur le nombre de logements existants, qui reste inchangé ;
- le projet ne méconnaît pas les articles B.-I.4 et B.-A.10 de la zone bleue du règlement du PPRI, dès lors que l’article B.-A.10 ne vise pas les commerces, que le commerce ne sera pas situé en-dessous du terrain naturel, et que le projet ne peut être assimilé à une construction nouvelle ;
- le projet ne méconnaît pas l’article B.-A.6 de la zone bleue du règlement du PPRI, dès lors que le projet n’est pas une reconstruction ;
- le projet ne méconnaît pas l’article B.-A.15 de la zone bleue du règlement du PPRI, dès lors qu’il n’est pas démontré que cet article est applicable en l’espèce, et qu’en tout état de cause le projet ne prévoit pas d’augmenter une annexe ;
- le projet ne méconnaît pas l’article B.-I.9 de la zone bleue du règlement du PPRI, dès lors que les parties pleines du portail et du portillon ont bien été comptabilisées, et que la surface pleine de la clôture est bien inférieure à un tiers ;
- l’arrêté attaqué est entaché de détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 janvier et 17 juin 2025, ce dernier mémoire n’ayant pas été communiqué, la commune de Viry-Châtillon, représentée par Me Lubac, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SCI Kadi au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 23 juin 2025 à 12 heures.
En application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l’instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l’instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Caron, première conseillère,
- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bas, représentant la commune de Viry-Châtillon.
Une note en délibéré, présentée pour la SCI Kadi, a été enregistrée le 22 septembre 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 avril 2024, la SCI Kadi a déposé une demande de permis de construire portant sur la réhabilitation d’un immeuble à usage d’habitation et de commerce, sur la parcelle cadastrée AL 406 située au 56 avenue Gabriel Jaillard à Viry-Châtillon. Par un arrêté du 4 septembre 2024, le maire de la commune de Viry-Châtillon a refusé de lui délivrer le permis sollicité. La SCI Kadi demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Une décision rejetant une demande d’autorisation d’urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l’excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d’illégalité. En outre, en application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu’il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l’ensemble des moyens de la demande qu’il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu’ils portent d’ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu’il juge que l’un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant aux divergences et ambigüités entachant le dossier de demande de permis de construire :
3. Aux termes de l’article R. 431-5 du code de l’urbanisme : « La demande de permis de construire précise : / (…) e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; (…) ». Aux termes de l’article R. 431-8 de ce code : « Le projet architectural comprend une notice (…) ». Aux termes de l’article R. 431-9 du même code : « Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. (…) ». Aux termes de l’article R. 431-10 de ce code : « Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; (…) / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; (…) ». Et aux termes de l’article R. 431-16 du même code : « Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : (…) / f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles (…) à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; (…) ».
4. D’une part, il ressort des pièces de l’entier dossier de demande de permis de construire versées aux débats par la commune et soumises au contradictoire que, tandis que le cerfa de demande de permis de construire mentionne que le projet ne prévoit la création d’aucun logement, la notice PC4 indique que « le nombre de logements initialement à 5 reste inchangé » et que « la propriété est composée de 4 appartements et d’une chambre indépendante », et le document intitulé « notice PPRI » indique quant à lui que le projet prévoit la « suppression d’un logement et d’un logement rattaché au commerce ». Dès lors, le maire de la commune a pu, à bon droit, estimer que les pièces du dossier telles que limitativement définies par l’article R. 431-4 du code de l’urbanisme, ne lui permettaient pas d’apprécier la consistance du projet en ce qui concerne le nombre de logements existants et le nombre de logements créés. D’autre part, ainsi que le soutient la commune, il ressort des pièces du même dossier que le cerfa ne mentionne aucune surface de plancher à destination de commerce, ce en contradiction avec les autres pièces du dossier de demande de permis de construire. Enfin, les pièces de ce même dossier, notamment le document d’insertion paysagère (PC6) et le plan de coupe de la façade est (PC5), font apparaître une divergence quant au nombre de rangées de fenêtres de toit. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de fait et de l’erreur d’appréciation entachant le motif tenant aux divergences et incohérences entachant le dossier de demande de permis de construire doivent être écartés en tant qu’ils portent sur les éléments ci-dessus mentionnés.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l’article UH 2.1.4 du règlement du PLU :
5. Aux termes de l’article UH 2.1.4 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Viry-Châtillon : « L’emprise au sol des bâtiments ne peut excéder 30 % de la superficie du terrain ».
6. La circonstance qu’une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un document d’urbanisme régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l’absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l’immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.
7. Pour refuser la délivrance du permis de construire sollicité, le maire de Viry-Châtillon a retenu que le projet portait le taux d’emprise au sol existant de 75,02 % à 77,54 %, en méconnaissance de l’article UH 2.1.4 du règlement du PLU. A cet égard, contrairement aux allégations de la société requérante, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse et de la notice, que l’emprise au sol de la construction existante est de 262,6 m2, ce qui représente 75,02 % de la superficie de la surface du terrain, et que le projet prévoit une emprise au sol future de 271,4 m2, soit 77,54 % de la superficie du terrain. Ainsi, les travaux litigieux, qui étendent cette emprise au sol, ne rendent pas l’immeuble plus conforme aux dispositions de l’article UH 2.1.4 déjà méconnues par la construction existante. Par suite, la société requérante n’est pas fondée à soutenir que le motif tenant à la méconnaissance de ces dispositions est entaché d’erreur d’appréciation.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l’article UH 2.4 du règlement du PLU :
8. Aux termes de l’article UH 2.4 du règlement du PLU relatif au stationnement : « Lors des opérations de construction nouvelle, de transformation de locaux, de reconstruction, de réaménagement et de changement de destination devront être réalisées des aires de stationnement dont les normes minimales sont définies ci-après dans l’annexe générale « Normes de stationnement ». / Lors de travaux d’extension de locaux à usage d’habitation visant à créer au moins un logement, les normes définies ci-après dans l’annexe générale « Normes de stationnement », ne s’appliqueront qu’au(x) logement(s) créé(s). / Lors de travaux d’extension d’autres locaux, les normes définies ci-après dans l’annexe générale « Normes de stationnement », ne s’appliqueront qu’à la nouvelle surface nouvellement créée ». Aux termes de l’annexe 1 du règlement du PLU relative aux normes de stationnement : « 1. Destination : habitation : / (…) En outre, pour les ensembles de logements collectifs, il est exigé des places « visiteurs » et « handicapés » équivalant à 10 % du nombre de places affectées au logement avec un minimum de 2 places. » (…) / 1.1 Sous-destination : logement : / (…) Pour la réalisation de deux logements ou plus : / - 1,5 place par logement pour les studios et logements jusqu’à 2 pièces principales / - 2 places par logement de 3 pièces principales et plus (…) / 2. Destination : commerce et activité de service / 2.1 Sous-destination : artisanat et commerce de détail : / (…) – Artisanat et commerce de détail dont la surface de plancher est comprise entre 100 et 200 m2 : 1 place (…) / 6. Stationnement des deux-roues motorisées : / En sus des stationnements indiqués dans le présent article : / - Pour les constructions à usage d’habitation comportant plus de 400 m2 de surface de plancher, un équivalent de 1% minimum de la surface de plancher devra être affecté au remisage des deux-roues motorisées. / Pour les constructions relevant de la destination « Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire » et de la sous-destination « Artisanat et commerce de détail », un équivalent de 2% minimum des surfaces dédiées au stationnement automobile devra être affecté au remisage des deux-roues motorisés. (…) / 7. Stationnement des deux roues non motorisées : / Dans les immeubles d’habitation collectifs, un équivalent de 2% minimum de la surface de plancher devra être affectée au remisage des deux-roues non motorisés, dans un « espace réservé à leur stationnement sécurisé (…) ».
9. Pour s’opposer à la délivrance du permis de construire sollicité, le maire de la commune de Viry-Châtillon a considéré que le projet, qui prévoit un nombre de places de stationnement véhicules inférieur à 10, et aucune surface affectée au remisage des deux-roues motorisés et non motorisés, méconnaissait l’article UH 2.4 du règlement du PLU.
10. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient la société requérante, les dispositions de l’article UH 2.4 ne conditionnent l’applicabilité des normes de stationnement à la création de nouveaux logements que dans le cas de travaux d’extension de locaux d’habitation. Ces normes sont en revanche applicables aux opérations de transformation, de reconstruction et de réaménagement de locaux, indépendamment de la création de nouveaux logements. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il est constant que le projet ne prévoit la réalisation que de cinq places de stationnement sur le terrain d’assiette. Or, quel que soit le nombre et les caractéristiques des logements projetés qui sont décrits, comme il est dit au point 4 du présent jugement, de manière incohérente dans le dossier de demande de permis de construire litigieux, ce nombre de places est en tout état de cause insuffisant par rapport à ce qu’impose l’application de l’article UH 2.4 en matière de places de stationnement pour les résidents, pour les visiteurs, pour les personnes handicapées, et pour les deux commerces dont la superficie totale est comprise entre 100 et 200 m2. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit, en tout état de cause, être écarté.
12. En troisième lieu, les dispositions de l’annexe 1 relative aux normes de stationnement imposent, s’agissant des commerces, d’affecter 2 % minimum des surfaces dédiées au stationnement automobile au remisage des deux-roues motorisés, et, dans les immeubles d’habitation collectifs, d’affecter 2% minimum de la surface de plancher au remisage des deux-roues non motorisés. Or il ressort des pièces du dossier que le projet ne prévoit aucun emplacement dédié au stationnement des deux-roues, motorisés et non-motorisés.
13. Par suite, le maire a pu à bon droit opposer au projet litigieux un motif tenant à la méconnaissance de l’article UH 2.4 du règlement du PLU.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l’article UH 3.2.2.2 du règlement du PLU :
14. Aux termes de l’article UH 3.2.2.2 du règlement du PLU : « Il n’est pas admis de rejet à l’égout des eaux pluviales. Ces eaux pluviales seront infiltrées, régulées ou traitées suivant les cas par tous dispositifs appropriés : puits d’infiltration, drains, fossés, noues, bassins. La recherche de solutions permettant l’absence de rejet d’eaux pluviales sera la règle générale (notion de rejet zéro) ».
15. Pour refuser la délivrance du permis de construire sollicité, le maire de la commune de Viry-Châtillon a retenu qu’en l’absence d’éléments concernant la gestion des eaux pluviales du projet, il n’était pas possible de s’assurer du respect de l’article UH 3.2.2.2.
16. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, le projet, dont le plan de masse ne fait pas apparaître de cuve de récupération, ne comporte aucune mention permettant de s’assurer du respect de l’interdiction du rejet à l’égout des eaux pluviales posée par l’article UH 3.2.2.2 du règlement du PLU. Le moyen tiré de ce que ce motif tiré serait entaché d’erreur d’appréciation doit donc être écarté.
17. En second lieu, le pétitionnaire auquel est opposée une décision de refus de permis de construire ou d’opposition à déclaration préalable ne peut utilement se prévaloir devant le juge de l’excès de pouvoir de ce que l’autorité administrative compétente aurait dû lui délivrer l’autorisation sollicitée en l’assortissant de prescriptions spéciales. Par suite, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce que ce motif est entaché d’erreur de droit en ce qu’il aurait pu faire l’objet d’une prescription.
En ce qui concerne les motifs de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance des articles B.-I.2 et B.-A.2 du règlement du PPRI :
18. Aux termes de l’article B.-I.2 du règlement du plan de prévention des risques naturels d’inondation (PPRI) de la vallée de la Seine dans le département de l’Essonne applicable en zone bleue, sont interdits : « Les remblais de toute nature sauf ceux autorisés sous conditions ». Aux termes de l’article B.-A.2 de ce règlement, sont autorisés sous conditions : « Les remblais sous réserve que les mesures compensatoires soient prises sur la même unité foncière notamment en matière d’équilibre déblais/remblais ». Le PPRI définit l’équilibre délais/remblais de la façon suivante : « Il constitue une mesure visant à compenser des remblais ou des volumes créés sur une même unité foncière à l’occasion d’un projet situé en zone inondable en dessous de la cote de la PHEC, par la soustraction d’un volume au moins égal extrait en dessous du terrain naturel. / Pour une construction, si le volume situé en dessous de la cote de la PHEC est inondable, il n’est pas nécessaire de rechercher cette compensation. En revanche, s’il est étanche, le volume correspondant sera compensé ».
19. Pour s’opposer au projet litigieux, le maire a retenu que celui-ci ne prévoyait aucune mesure compensatoire assurant l’équilibre déblais/remblais à l’unité foncière. Il reproche également au projet de ne pas faire mention du calcul des volumes compensés afin d’assurer cet équilibre.
20. Si la société requérante soutient que le projet ne nécessitait pas la mise en œuvre d’une telle mesure compensatoire, il ressort toutefois des pièces du dossier de demande de permis de construire que le projet prévoit le cloisonnement étanche de l’escalier extérieur existant et l’agrandissement de l’annexe existante, et qu’une partie des volumes ainsi créés, qui sont étanches, sont situés en dessous de la cote des plus hautes eaux connues (PHEC). Or il est constant que le projet ne comporte aucune mesure compensatoire aux volumes ainsi créés, laquelle ne peut résulter de la démolition d’une annexe située au-dessus du terrain naturel. Le maire pouvait donc légalement refuser la délivrance du permis de construire en se fondant sur ce motif, ainsi que sur l’absence de mention, dans le dossier de demande de permis de construire, du calcul des volumes compensés. Par suite, les moyens tirés de l’erreur d’appréciation dirigés contre ces motifs doivent être écartés.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l’article B.-I.6 du règlement du PPRI :
21. Aux termes de l’article B.-I.6 du règlement du PPRI applicable en zone bleue, est interdite : « L’augmentation du nombre de logements dans un bâtiment existant par aménagement, rénovation, changement de destination ou reconstruction ».
22. Il résulte de ce qui est dit au point 4 que les pièces du dossier de demande de permis de construire n’ont pas, compte-tenu de leurs divergences, permis au service instructeur d’apprécier la consistance du projet en ce qui concerne le nombre de logements existants et le nombre de logements créés. Par suite, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que le maire de la commune de Viry-Châtillon a estimé qu’il ne lui était pas possible de s’assurer de la conformité du projet à l’article B.-I.6 du règlement du PPRI.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l’article B.-A.6 du règlement du PPRI :
23. Aux termes de l’article B.-A.6 du règlement du PPRI applicable en zone bleue, sont autorisées sous condition : « Les reconstructions d’équipements collectifs (exceptés les établissements sensibles), de bâtiments à usage d’habitation ou à usage d’activités en cas de sinistre non lié aux inondations, dans le respect des règles du PLU, sous réserve de ne pas dépasser l’emprise au sol existante avant sinistre, que les mesures compensatoires soient prises et de respecter les règles suivantes : / 1) pour les équipements collectifs : le premier plancher devra être situé au-dessus de la cote de la PHEC (…) ».
24. Il ressort des pièces du dossier que le projet, qui est présenté comme une « réhabilitation », prévoit la démolition d’une annexe existante d’environ 5 m², l’agrandissement d’environ 15 m² d’une autre annexe dédiée au stationnement automobile, ainsi que la création d’un nouveau volume bâti d’un peu plus de 12 m² correspondant à l’intégration, dans la construction principale, de l’escalier extérieur préexistant. Par ailleurs, les plans de coupe font apparaître une modification de certains éléments structurels du bâtiment, tels que l’ancien mur mitoyen séparant les deux constructions et l’ajout de nouveaux murs porteurs. Le projet prévoit également de rehausser légèrement l’égout du toit afin d’aménager les combles. Au regard de leur ampleur, les travaux litigieux, qui affectent tant l’enveloppe du bâti existant que la structure interne du bâtiment, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction. Or il résulte des dispositions citées au point 23 que de tels travaux ne sont autorisés qu’en cas de sinistre non lié aux inondations. Par suite, et en l’absence de tout sinistre, le maire pouvait sans commettre d’erreur d’appréciation opposer à la demande le motif tiré de la méconnaissance de l’article B.-A.6 du règlement du PPRI.
En ce qui concerne le motif de l’arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l’article B.-A.15 du règlement du PPRI :
25. Aux termes de l’article B.-A.15 du règlement du PPRI applicable en zone bleue, sont autorisées sous condition : « Les annexes d’habitation dans la limite de 6 m2 d’emprise au sol, sous réserve qu’elles soient fixées au sol de façon à ce qu’elles ne puissent pas être emportées par la crue ».
26. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice, que le projet prévoit l’agrandissement d’une annexe existante, dont l’emprise au sol est déjà supérieure à 6 m2. Par suite, en refusant la délivrance du permis sollicité au motif que le projet est de nature à aggraver une situation ne respectant pas l’article B.-A.15 du PPRI, le maire de la commune de Viry-Châtillon n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
27. Il résulte de l’instruction que les motifs tirés de ce que le dossier de demande de permis de construire comporte des divergences et des ambigüités, et de ce que le projet méconnaît les articles UH 2.1.4, UH 2.4 et UH 3.2.2.2 du règlement du PLU, ainsi que les articles B.-I.2 et B.-A.2, B.-I.6, B.-A.6 et B.-A.15 du règlement du PPRI étaient à eux seuls de nature à justifier le refus de permis de construire qui a été opposé à la SCI Kadi et que la commune aurait pris la même décision si elle ne s’était fondée que sur ces seuls motifs.
En ce qui concerne le détournement de pouvoir :
28. Le détournement de pouvoir allégué n’est pas établi par les pièces du dossier. Ce moyen doit par suite être écarté.
29. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d’annulation présentées par la société SCI Kadi doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par la SCI Kadi, n’appelle aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte présentées par la société requérante ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Viry-Châtillon, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCI Kadi au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la SCI Kadi une somme de 1 800 euros à verser à la commune de Viry-Châtillon au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SCI Kadi est rejetée.
Article 2 : La SCI Kadi versera à la commune de Viry-Châtillon une somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Kadi et à la commune de Viry-Châtillon.
Délibéré après l’audience du 16 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.