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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2409851

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2409851

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2409851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de Mlle A, de nationalité guinéenne, contestant l'arrêté du préfet des Yvelines ordonnant son transfert aux autorités portugaises. La requérante, titulaire d'un visa délivré par le Portugal, soutenait une erreur manifeste d'appréciation et une violation du principe de non-refoulement et de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste, la situation de l'intéressée relevant de l'article 12 du règlement (UE) n° 2016/399, et qu'aucune défaillance systémique au Portugal n'était établie. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le règlement européen précité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2024, Mlle B C A, représentée par Me Elachi, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités portugaises.

Elle demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et soutient que cet arrêté est :

- entaché d'une erreur manifeste d'appréciation

- entaché d'une erreur de droit car contraire au principe du non-refoulement et en ce qu'il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet des Yvelines a produit des pièces enregistrées le 27 novembre 2024.

Il doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2,

L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2024 en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné,

- les observations de Me Elachi qui reprend les termes de la requête et souligne que la requérante n'a jamais été au Portugal et est francophone,

- les observations de Mlle A

- et les observations de Me Zarka, substituant Me Termeau, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. Mlle B C A, de nationalité guinéenne, née le 23 novembre 2003 à Conakry (Guinée), est entrée en France selon ses déclarations le 12 avril 2024 et a déposé une demande d'asile le 17 juillet 2024. Au cours de cette instruction, il s'est révélé qu'elle bénéficie d'un visa délivré par les autorités portugaises le 22 mars 2024. Par arrêté du 7 novembre 2024, le préfet des Yvelines a décidé de remettre Mlle A aux autorités portugaises et a pris à son encontre un arrêté de transfert. Mlle A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridique provisoire :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi de 1991 susvisé : " L'aide juridictionnelle est accordée sans condition de résidenceaux personnes faisant l'objet de l'une des procédures prévues aux articles L. 251-1 à L. 251-8, L. 342-5 à L. 342-15, L. 432-15, L. 572-4, L. 572-7, L. 611-1 à L. 612-12, L. 614-1 à L. 614-4, L. 632-1, L. 632-2 et L. 743-3 à L. 743-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile "..

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mlle A à l'admission de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

4. En troisième lieu, l'article 12 du règlement européen susvisé dispose que : "1. Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

5. Il n'est pas contesté que Mlle A est titulaire d'un visa délivré par les autorités portugaises et que, selon ses déclarations, elle est en France depuis plus de trois mois. Par suite, elle relève des dispositions précitées et le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressée.

6. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Mlle A soutient que la décision attaquée méconnaitrait ces stipulations.

7. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être résumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

9. Le Portugal est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, sur la base d'éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés et au regard du standard de protection des droits fondamentaux garanti par le droit de l'Union, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux.

10. La juridiction, saisie d'un recours contre une décision de transfert, ne peut examiner s'il existe un risque, dans l'État membre requis, d'une violation du principe de non-refoulement auquel le demandeur de protection internationale serait soumis à la suite de son transfert vers cet État membre, ou par suite de celui-ci, lorsque cette juridiction ne constate pas l'existence, dans l'État membre requis, de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'une protection internationale.

11. Mlle A soutient que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France eu égard aux défaillances du système d'asile portugais. Toutefois, la requérante n'apporte aux débats aucun élément caractérisé relatif à son séjour au Portugal et qui serait de nature à établir qu'elle aurait été elle-même privée de la possibilité de présenter dans cet Etat une demande de protection internationale ou qu'elle y serait personnellement exposée à des traitements inhumains et dégradants. Par ailleurs, les éléments dont il se prévaut ne permettent pas d'établir l'existence de défaillances systémiques au Portugal, État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et dont les autorités ont accepté sa prise en charge.

12. En dernier lieu, Mlle A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaitrait le principe de non-refoulement, qui doit s'interpréter à l'intérieur des frontières de l'Union européenne, ni invoquer la circonstance qu'elle soit francophone, cette précision n'étant pas au nombre de celles qui sont prévues pour l'application de l'article 17 du règlement européen susvisé.

D E C I D E :

Article 1er : Mlle A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mlle A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mlle B C A et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. Gosselin Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines , en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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