mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2409913 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 15 et 26 novembre 2024, M. D demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile.
Il soutient :
- que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car il n'a jamais voulu rester en Espagne, la destination finale de son voyage étant la France dont il parle la langue
- il risque d'être exposé à des traitements inhumains dans son pays d'origine.
Le préfet des Yvelines, représenté par Me Termeau, a produit des pièces enregistrées le 27 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2,
L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 27 novembre 2024 en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;
- les observations de Me Suchi, avocat de permanence, qui précise que la France n'était pas obligée de renvoyer le requérant en Espagne, dont la neutralité dans le traitement de son dossier n'est pas garantie en raison de la conclusion d'un accord entre l'Espagne et la Mauritanie.
- les déclarations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue soninké.
- les observations de Me Zarka, substituant Me Termeau, qui conclut au rejet de la requête en soulignant que la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité, dès lors que M. A avait déjà demandé l'asile en Espagne.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité mauritanienne né le 20 janvier 2005 à Nouakchott (Mauritanie), est entré irrégulièrement en France ; la consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé qu'il a franchi irrégulièrement la frontière espagnole en venant d'un pays tiers. Il a demandé l'asile en France le 26 juillet 2024 et l'instruction de sa demande a révélé qu'il était entré sur le territoire de l'Union européenne par l'Espagne le 25 avril 2024. Les autorités espagnoles, saisies par le préfet des Yvelines le 31 juillet 2024 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé ont donné leur accord pour la réadmission du requérant le 26 septembre suivant. Par arrêté du 7 novembre 2024, le préfet des Yvelines a décidé de remettre M. A aux autorités espagnoles ; ce dernier doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.
2. M. A, dans sa requête, indique que le préfet des Yvelines a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation car il craint d'être exposé à des traitements inhumains en cas de retour en Mauritanie. Toutefois, la décision attaquée a uniquement indiqué que l'intéressé n'était exposé à aucun traitement inhumain en cas de retour en Espagne et non en Mauritanie.
3. Par ailleurs, la conclusion d'un accord entre l'Espagne et la Mauritanie sur l'immigration ne peut, à elle seule, impliquer une violation de la neutralité d'instruction qui s'attache à tout Etat de l'Union européen dans le traitement des dossiers de demande d'asile. Cette crainte n'est d'ailleurs établie par aucun élément de la part du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 7 novembre 2024.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. Gosselin Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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