jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2410000 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler sa carte de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de réexaminer sa demande dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il est dans une situation de demande de renouvellement de titre de séjour et bénéficie ainsi de la présomption d'urgence, en outre, la décision l'empêche de travailler ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors qu'elle méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions ; la décision méconnaît les articles 2 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 décembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au non-lieu à statuer sur la requête dès lors qu'une attestation de prolongation d'instruction a été " faite " le 3 décembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2409999 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 3 décembre 2024 à 11h.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 décembre 2024 tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Rollet-Perraud ;
- et les observations de Me Mainnevret représentant M. A qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens et s'oppose au prononcer d'un non-lieu à statuer.
Les parties ont été informées que la clôture de l'instruction était reportée au 4 décembre 2024 à 12h.
Considérant ce qui suit :
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
1. En l'absence de délivrance du titre de séjour sollicité par le requérant, la circonstance qu'il a obtenu postérieurement à l'enregistrement de la présente requête la délivrance d'une autorisation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour ne prive pas d'objet sa demande de suspension de la décision implicite de refus de délivrance de ce titre. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète de l'Essonne ne peut être accueillie.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
En ce qui concerne l'urgence :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. Il résulte de l'instruction que M. A était titulaire d'une carte de séjour mention vie privée et familiale valable du 7 novembre 2023 au 6 novembre 2024 dont il a demandé le renouvellement le 18 juillet 2024. La condition d'urgence est ainsi présumée. La préfète de l'Essonne ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à y faire échec. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le code de justice administrative dispose dans son article L. 511-1 que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
8. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Essonne a délivré, à M. A, le 3 décembre 2024, une attestation de prolongation d'instruction valable du 3 décembre 2024 au 2 mars 2025. Par suite, il y a lieu, seulement, d'ordonner à la préfète de l'Essonne, d'une part, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation administrative du requérant, et, d'autre part, de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le document portant attestation de prolongation d'instruction. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Essonne refusant de renouveler la carte de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le document portant attestation de prolongation d'instruction valable du 3 décembre 2024 au 2 mars 2025.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.
Fait à Versailles, le 5 décembre 2024.
La juge des référés,
signé
C. Rollet-Perraud
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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