mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2410103 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, Mme A D, représentée par Me David, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement, au profit de son conseil, de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle a effectué toutes les démarches nécessaires pour déposer et obtenir un titre de séjour ; en l'absence de récépissé, elle ne peut pas justifier de la régularité de son séjour ni retrouver un emploi, et se retrouve quasiment sans ressources ; son contrat de travail a été suspendu ; elle est mère isolée d'un enfant français de cinq ans ;
- la mesure est utile et elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La préfète de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Hecht, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante congolaise née le 4 juin 1993, expose avoir sollicité en vain auprès de la préfète de l'Essonne l'obtention d'un rendez-vous en vue de pouvoir demander un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Elle demande, en conséquence, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui fixer un rendez-vous sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
6. En l'espèce, Mme D a effectué des démarches administratives réitérées auprès de la préfecture de l'Essonne, en ligne les 30 juillet et 7 août 2024, ainsi que par une lettre recommandée avec accusé de réception notifiée le 14 août 2024. Si Mme D ne justifie, ni même n'allègue, ni être entrée régulièrement sur le territoire national, ni y avoir séjourné régulièrement, et si elle ne peut se prévaloir, au titre de l'urgence, de la suspension de son contrat de travail, dès lors que le courrier envoyé à ce sujet par son ancien employeur, la société Nettoyage industriel, est daté du 12 juillet 2024, soit antérieurement à sa demande de rendez-vous en préfecture, toutefois il résulte aussi de l'instruction qu'elle est la mère d'un jeune ressortissant français, Yanis D, né le 21 octobre 2019, qui réside à son domicile en semaine ainsi qu'une fin de semaine sur deux, aux termes de la convention parentale établie avec le père de l'enfant, M. C B, ressortissant congolais, et homologuée par le juge des affaires familiales du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes. Dans les conditions particulières de l'espèce, eu égard en particulier à sa situation de mère isolée d'un jeune enfant, ressortissant français, et en l'absence d'observations de la préfète de l'Essonne à ce sujet, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées doit être regardée comme remplie. Par ailleurs, il n'apparaît pas que cette demande se heurterait à une contestation sérieuse ou qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de convoquer dans un délai de 15 jours Mme D afin de lui permettre d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé si le dossier déposé est complet, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme D afin de lui permettre d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé si le dossier déposé est complet, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au ministre de l'intérieur et à la préfète de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 11 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
S. Hecht
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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