jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2410550 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2024, M. F A, M. G D, M. B E, Mme H C demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du Préambule et de l'article 17 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Wissous ;
2°) de dire que l'ordonnance sera exécutoire dès lors qu'elle aura été rendue, en application des dispositions de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Wissous une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que le Préambule et l'article 17 du règlement intérieur, dans leur rédaction modifiée depuis le 9 juillet 2024, portent une atteinte grave et immédiate aux libertés fondamentales du droit au respect de leur vie privée, d'exercice du mandat d'élu local, d'expression des courants de pensée et d'opinion, d'aller et de venir, du droit au respect de leur liberté personnelle et de la liberté individuelle ; que l'extrême urgence est caractérisée dès lors qu'ils sont convoqués à une séance du conseil municipal le 5 décembre 2024 à 20h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-1 du même code dispose que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste qu'elle ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. A, M. D, M. E et Mme C sont conseillers municipaux de la commune de Wissous. Ils demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre le Préambule et l'article 17 du règlement intérieur du conseil municipal de Wissous dans leur rédaction modifiée depuis le 9 juillet 2024.
En ce qui concerne le Préambule du règlement intérieur :
3. Aux termes de l'article L. 1111-1-1 du code général des collectivités territoriales : " Les élus locaux sont les membres des conseils élus au suffrage universel pour administrer librement les collectivités territoriales dans les conditions prévues par la loi. Ils exercent leur mandat dans le respect des principes déontologiques consacrés par la présente charte de l'élu local. Charte de l'élu local. 1. L'élu local exerce ses fonctions avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité. 2. Dans l'exercice de son mandat, l'élu local poursuit le seul intérêt général, à l'exclusion de tout intérêt qui lui soit personnel, directement ou indirectement, ou de tout autre intérêt particulier. 3. L'élu local veille à prévenir ou à faire cesser immédiatement tout conflit d'intérêts. Lorsque ses intérêts personnels sont en cause dans les affaires soumises à l'organe délibérant dont il est membre, l'élu local s'engage à les faire connaître avant le débat et le vote. () ". Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. En application du II de l'article L. 1111-6, les représentants des collectivités territoriales ou des groupements de collectivités territoriales mentionnés au I du même article L. 1111-6 ne sont pas comptabilisés, pour le calcul du quorum, parmi les membres en exercice du conseil municipal. ".
4. Aux termes du Préambule du règlement intérieur contesté : " Le présent règlement vise à définir les modalités de fonctionnement du conseil municipal. Il s'appuie sur les dispositions du Code général des collectivités territoriales (ci-après " CGCT "). / Conformément à la charte de l'élu local, dont lecture a été faite en séance du 3 juillet 2020, chaque membre du conseil municipal de Wissous s'engage à déclarer au maire ou à faire cesser immédiatement tout conflit d'intérêts, c'est-à-dire toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction (profession d'un membre de sa famille (ascendants, descendants en ligne directe et conjoint), activité commerciale d'une entreprise avec laquelle il entretient un lien, action d'une association dont il est membre du bureau, etc.). ".
5. Les requérants soutiennent que la nouvelle rédaction du Préambule du règlement intérieur porte atteinte à la liberté fondamentale du droit au respect de leur vie privée dès lors qu'ils seraient désormais tenus de révéler au maire des informations personnelles ou professionnelles. Toutefois, la disposition contestée qui indique que " chaque membre du conseil municipal de Wissous s'engage à déclarer au maire ou à faire cesser immédiatement tout conflit d'intérêts " n'impose pas aux élus de transmettre au maire des informations à caractère privée mais à déclarer ou faire cesser toute situation de conflit d'intérêt conformément aux dispositions précitées de l'article L. 1111-1 du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, le Préambule du règlement intérieur ne porte pas, par lui-même, une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit au respect de la vie privée.
En ce qui concerne l'article 17 du règlement intérieur :
6. Aux termes de l'article L. 2121-16 du code général des collectivités territoriales : " Le maire a seul la police de l'assemblée. Il peut faire expulser de l'auditoire ou arrêter tout individu qui trouble l'ordre. En cas de crime ou de délit, il en dresse un procès-verbal et le procureur de la République en est immédiatement saisi. ". Aux termes de l'article 17 du règlement intérieur contesté : " Le maire a seul la police de l'assemblée. Il se doit de faire observer et respecter le présent règlement, il rappelle à l'ordre les membres du conseil ou le public qui s'en écartent et fait application des mesures suivantes : - rappel à l'ordre ; - avertissement avec inscription au procès-verbal ; - retrait de la parole pour le reste de la séance ; - expulsion ; - arrestation (en cas de troubles ou d'infraction pénale, avec l'aide des forces de police). Le maire se doit de rappeler à l'ordre tout conseiller qui entrave le bon déroulement de la séance de quelque manière que ce soit et d'attribuer un avertissement avec inscription au procès-verbal, ce qui peut aller jusqu'au retrait de la parole pour le reste de la séance, voire à l'expulsion. Le conseiller à qui la parole a été retirée peut donner à un autre conseiller de son choix un pouvoir écrit de voter en son nom. () ".
7. En indiquant à l'article 17 du règlement intérieur, qui au demeurant concerne les élus mais également le public assistant aux séances du conseil municipal, que le maire a la faculté de restreindre la parole et d'exclure un élu de la séance lorsqu'un membre du conseil municipal trouble le bon déroulement de la séance, le règlement intérieur ne fait que reprendre les prérogatives déjà conférés au maire en matière de police de l'assemblée par l'article L. 2121-16 du code général des collectivités territoriales. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que M. A a déjà reçu plusieurs avertissements avec inscription au procès-verbal, ils ne l'établissent pas et n'établissent pas davantage que le maire ferait un usage abusif de cette disposition. Dans ces conditions, l'article 17 du règlement intérieur ne porte pas, par lui-même, une atteinte grave et manifestement illégale au libre exercice du mandat d'élu local, à la libre expression des courants de pensée et d'opinion, à la liberté d'aller et de venir, à la liberté personnelle et à la liberté individuelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, qu'une atteinte grave et manifestement illégale ait été portée à une liberté fondamentale justifiant que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Au surplus, les requérants se prévalent d'une urgence à 48 heures à l'encontre d'une modification du règlement intérieur intervenue selon leurs propres écritures lors d'une séance du conseil municipal du 9 juillet 2024.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A, M. D, M. E et Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A, M. G D, M. B E, Mme H C.
Copie en sera adressée à la commune de Wissous.
Fait à Versailles, le 5 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
J. Sauvageot
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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