mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2410826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Helalian, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de titre de séjour mention " vie privée et familiale " déposée le 8 février 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est justifiée : il sollicite le renouvellement de son titre de séjour, accordé le 8 octobre 2021 pour une période de 2 ans ; son employeur a suspendu son contrat de travail par courrier du 3 décembre 2024 ;
- il fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle est entachée d'un défaut de motivation, en application de l'article L.232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de réponse du préfet à sa demande de communication des motifs dont il a été accusé réception le 19 juillet 2024; elle méconnaît l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il subvient régulièrement aux besoins de ses deux enfants ; elle porte une atteinte manifestement grave à son droit au respect de sa vie privée et familiale : sans titre, il n'a plus l'autorisation de travailler et il ne peut plus subvenir aux besoins de ses enfants.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2406984 tendant à l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Vincent comme juge des référés sur le fondement de l'article L.511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Le requérant justifie du refus implicite opposé à sa demande de renouvellement de titre de séjour, déposée le 8 février 2024 sur le site de l'ANEF, soit bien avant sa date d'expiration, le 7 octobre 2024. En l'absence d'observations, le préfet ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L.521-1 du code de justice administrative doit être considérée comme remplie.
4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite attaquée est de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
7. La suspension des effets de l'exécution de la décision ainsi ordonnée implique que le préfet de l'Essonne lui délivre, dans un délai de 15 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 8 février 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à M. A B une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 24 décembre 2024.
La juge des référés,
signé
L. Vincent
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410826
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