jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2410901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | PAPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Papi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale, l'obligation de quitter le territoire français édictée le 19 janvier 2024 par la préfète de l'Essonne dont il faisait l'objet ayant été exécutée ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Maljevic, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 décembre 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de M. Maljevic ;
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant néerlandais, né en 1984 à Conakry, a, par un arrêté du 19 janvier 2024 de la préfète de l'Essonne, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours. Par un arrêté du 26 novembre 2024, la préfète de l'Essonne lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
3. Il ressort des dispositions des chapitres III et IV du titre Ier du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du même code ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire posé par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté comme inopérant.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
6. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à M. B, la préfète de l'Essonne s'est fondée, d'une part, sur la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ de trente jours prise à son encontre le 19 janvier 2024, notifiée le même jour et, d'autre part, sur les circonstances qu'il constitue un risque pour l'ordre public compte tenu des nombreux signalement dont il a fait l'objet.
7. D'une part, au soutien de son allégation selon laquelle le requérant aurait bien exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait le 19 janvier 2024, le requérant produit la copie de son passeport établissant qu'il a quitté le territoire français le 15 octobre 2024. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à établir l'exécution spontanée de la mesure d'éloignement laquelle doit, pour être régulière, être effectuée dans le délai imparti de trente jours. Dans ces conditions, la préfète de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur de droit ni entaché sa décision d'un défaut de base légale, prendre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse.
8. D'autre part, si contrairement à ce qui a été retenu par l'arrêté attaqué, l'intéressé justifie d'un passeport en cours de validité, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Essonne aurait pris la même décision s'il elle s'était fondée sur les deux seuls motifs rappelés au point 6 du présent jugement. Dès lors, le motif tiré de l'absence de garanties de représentation suffisante peut être neutralisé. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été placé en garde à vue le 25 novembre 2024 pour des faits de conduite sans permis de conduire et qu'il a fait l'objet, entre 2021 et 2024 de sept signalements pour ces mêmes faits. Eu égard à leur caractère récent et réitéré, ces faits sont de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
S. Maljevic Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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