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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2411406

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2411406

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2411406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B, ressortissante congolaise, afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour "vie privée et familiale". Le juge a constaté l'urgence, l'intéressée se trouvant en situation irrégulière depuis l'expiration de son document de circulation pour étranger mineur, et a reconnu l'utilité de la mesure face au blocage de la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). La solution retenue s'appuie sur le droit de tout étranger à voir sa situation examinée et sur l'obligation pour l'administration de fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable, en application des articles L. 521-3 du code de justice administrative et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2024, Mme B , représentée par Me Malekian, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour " vie privée et familiale " et obtenir un récépissé ou tout autre document justifiant la régularité de son séjour en attendant l'instruction de sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative est remplie dès lors que l'expiration de son titre de séjour le 27 mars 2024 la place en situation irrégulière et que l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous l'empêche d'exercer une activité salariée en parallèle de ses études et la maintient dans une situation de vulnérabilité ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle représente le seul moyen d'obtenir la prolongation de son droit au séjour ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lellouch, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité congolaise, née le 29 novembre 2005, déclare être entrée mineure sur le territoire français le 31 décembre 2019 pour rejoindre sa mère. Elle a obtenu un document de circulation pour étranger mineur le 30 juillet 2020 valable jusqu'au 28 novembre 2023 et a déposé sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) une demande de renouvellement de titre de séjour " vie privée et familiale " le 7 novembre 2023. Sa demande a été clôturée le 21 février 2024 et elle a été invitée à redéposer une nouvelle demande sur la plateforme de l'ANEF. Mme B soutient qu'elle n'a pu déposer de nouvelle demande sur son espace ANEF, en raison d'un blocage. Elle a en outre sollicité auprès de la préfète de l'Essonne la régularisation de sa situation par l'intermédiaire de la plateforme " démarches-simplifiées " le 21 février 2024 mais aucun rendez-vous ne lui a été proposé. Elle demande en conséquence au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour ou tout autre document justifiant la régularité de son séjour en attendant l'instruction de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B, entrée en France à l'âge de quatorze ans, a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur, lequel a expiré le 28 novembre 2023. A la suite de la décision de clôture du dossier de demande de renouvellement de titre de séjour " vie privée et familiale " qui lui a été notifiée sur la plateforme de l'ANEF, elle a déposé, le 21 février 2024, une demande de rendez-vous sur la plateforme " démarches simplifiées " en vue de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Elle justifie de ses multiples démarches sur cette plateforme et auprès de la préfecture de l'Essonne en vue de pouvoir déposer son dossier à l'occasion d'un rendez-vous. Il résulte de l'instruction que ces démarches sont restées vaines. A défaut de tout document administratif en cours de validité, la requérante se retrouve en situation irrégulière depuis l'expiration de son attestation de prolongation d'instruction il y a près d'un an. Cette situation l'empêche de travailler et de percevoir une bourse pour continuer ses études supérieures, alors qu'elle a effectué sa scolarité en France depuis l'âge de 14 ans , y a obtenu son baccalauréat et justifie d'une inscription à l'université au titre de l'année 2024-2025. Ainsi, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative est remplie. Par ailleurs, il n'apparaît pas que la demande de l'intéressée se heurterait à une contestation sérieuse ou qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

6. Il y a lieu, dans ces conditions, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B à un rendez-vous en préfecture, afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé si le dossier déposé est complet. Il y a lieu de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B à un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, si le dossier est complet, un récépissé, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée Mme A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 20 février 2025.

La juge des référés,

signé

J. Lellouch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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